Violences conjugales : deux mois après, malgré les promesses de Marlène Schiappa, la vie d'Aïda n'a pas changé

La secrétaire d\'État Marlène Schiappa, le 5 mars 2019.
La secrétaire d'État Marlène Schiappa, le 5 mars 2019. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Marlène Schiappa s'était dite "prête à intervenir personnellement" dans le dossier d'Aïda, paraplégique depuis qu'elle a été défenestrée par son conjoint violent. Elle n'avait été que partiellement indemnisée.

"Non une femme n'est jamais responsable des violences subies", avait écrit sur Twitter la secrétaire d'État à l'égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa, en janvier dernier. Indignée par le traitement infligé à Aïda*, une femme devenue paraplégique après avoir été défenestrée par son compagnon, Marlène Schiappa s'était dite "prête à intervenir personnellement dans ce dossier". Mais deux mois plus tard, les mots n'ont pas été suivis d'effet. La ministre semble avoir oublié ses promesses, confient à franceinfo, amers, la jeune femme et son avocat.  

Un cas médiatisé

L'histoire d'Aïda avait choqué et fait la une des médias en janvier. Paraplégique depuis qu'elle a été défenestrée à l'âge de 25 ans par son compagnon violent, en 2013, la jeune femme n'a été que partiellement indemnisée du lourd préjudice subi, les instances compétentes ayant estimé qu'elle avait eu, dans cette affaire, un "comportement à risque" en retournant passer la nuit chez elle, après une première dispute conjugale.  

"Je suis prête à intervenir personnellement dans ce dossier", avait tonné, sur Twitter, la secrétaire d'Etat. Mais les mots de Marlène Schiappa n'ont pas été suivis d'effet, selon l'avocat d'Aïda, Matthias Jarry. 

"On est très surpris, on a un peu l'impression que le tweet a été lancé dans le battage médiatique, et puis que derrière, on est parti sur autre chose, a expliqué Mattias Jarry à franceinfo. On espérait avoir derrière une réaction du fonds de garantie, nous disant 'on va retirer notre demande de partage de responsabilité qui n'est pas justifiée', on espérait ça". Mais il n'y a rien eu de cela. Bien au contraire.

Toujours pas de logement adapté

Si le fonds de garantie promet la "neutralité" lors de l'audience en appel prévue à la fin du mois de mai, il indique à franceinfo qu'il rappellera tout de même les éléments ayant conduit à la réduction de 25% des provisions d'indemnisation, et notamment le fait qu'Aïda soit retournée chez elle en sachant que son compagnon violent y était. Seule évolution notable depuis janvier : les provisions d'indemnisation, réduites à 67 500 euros, ont été débloquées pour la jeune femme. Mais sa demande pour disposer d'un logement adapté, directement adressée à Marlène Schiappa, n'a reçu aucune réponse. "C'est un logement pour que je puisse circuler chez moi en fauteuil. Je suis un peu étonnée de son silence", a expliqué Aïda à franceinfo.

Marlène Schiappa a dit qu'elle interviendrait, mais depuis ce jour-là, non, il n'y a eu aucun changement dans ma vie.Aïdaà franceinfo 

Dans son tweet du 3 janvier dernier, la secrétaire d'État disait également adresser "ce jour" un courrier à toutes les compagnies d'assurance et institutions concernées. Deux mois et demi après, les assureurs attendent toujours.

Marlène Schiappa assure que les engagements sont "respectés"

Marlène Schiappa n'a pas donné suite aux sollicitations de franceinfo avant la publication de cet article et sa diffusion sur franceinfo. Elle a réagit a posteriori sur Twitter. "Tous engagements respectés, contacts pris, soutien officiel", affirme la ministre. Elle assure que la demande de la victime d'avoir un logement adapté à son handicap est "suivie avec le bailleur". Par ailleurs, accusée de n'avoir pas envoyé comme elle l'avait promis un courrier aux assureurs et institutions concernés, Marlène Schiappa affirme avoir "bien reçu au ministère la fédération des assurances sur ce cas".

Marlène Schiappa dénonce un "contenu erroné" et une "instrumentalisation incorrecte", et précise que si elle n'a pas pu répondu au journaliste de franceinfo mercredi, c'est parce qu'elle était à l'ONU.

Sur franceinfo jeudi soir, la secrétaire d'État a précisé qu'un "contact" avait été pris avec l'avocat d'Aïda "au moment où cette affaire a éclaté", et "avec le fonds de garantie des victimes""Là c'est une décision du bailleur et moi ça n'est pas ma décision, ce n'est pas moi qui peut trouver un logement. J'ai apporté mon soutien institutionnel mais sur le logement il y a la décision du bailleur."

Selon les derniers chiffres de l'observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), les violences conjugales demeurent à un niveau élevé en France. 109 femmes ont été tuées par leur compagnon en 2017 - dernière année où les données sont consolidées - soit autant qu'en 2016 et 9 de moins seulement qu'en 2015.  

*Le prénom a été modifié

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