Centres de rétention pour migrants : la Cimade dénonce "une politique qui a franchi toutes les lignes rouges de l'humainement acceptable"

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot. (BÉATRICE DUGUÉ / RADIO FRANCE)

Pour le responsable de la rétention au niveau national à la Cimade, David Rohi, il faudrait "examiner de façon plus ouverte les demandes d'asile et octroyer davantage de titres de séjours".

"On a une politique qui a franchi toutes les lignes rouges de l'humainement acceptable", a dénoncé mardi 4 juin sur franceinfo David Rohi, responsable de la rétention au niveau national à la Cimade, après le rapport annuel de plusieurs associations, dont la Cimade, publié mardi, dénonçant une "banalisation de l’enfermement".

David Rohi souligne qu'il y a "des personnes enfermées longtemps avec un très fort sentiment d'injustice" dû au fait que, selon lui, "l'administration a des pratiques de plus en plus illégales", enfermant des "personnes vulnérables". Pourtant, ajoute-t-il, il existe des "alternatives" à l'enfermement, notamment celui des enfants, comme le font "la plupart des préfectures".

Quel est votre message avec ce rapport ?

On a une politique extrêmement répressive, une politique du tout enfermement, avec une explosion du nombre de personnes enfermées par le gouvernement, dont l'intention est d'expulser plus. Mais en réalité, les expulsions n'ont pas augmenté. Par contre, on a des effets délétères avec des personnes traumatisées en rétention, avec des personnes qui s'automutilent, des tentatives de suicide qui se multiplient. Les personnes sont enfermées plus longtemps. L'administration a des pratiques de plus en plus illégales, de plus en plus étendues et assumées. On a des personnes enfermées longtemps avec un très fort sentiment d'injustice qui ont des gestes désespérés, voire se révoltent.

Est-ce la durée de rétention qui vous inquiète ou les conditions dans lesquelles se fait cette rétention ?

Ce sont les deux. La durée de rétention est complétement excessive, parce qu'enfermer plus longtemps ne permet pas d'expulser plus. Or, ce sont les pratiques. Aujourd'hui les préfectures enferment les personnes gravement malades, atteintes de troubles psychiatriques, des personnes vulnérables. On a donc une politique qui a franchi toutes les lignes rouges de l'humainement acceptable. C'est l'ensemble de cette politique qui a des effets très délétères.

Quelles seraient les bonnes alternatives ?

La première des alternatives, c'est d'examiner de façon plus ouverte les demandes d'asile, d'octroyer davantage de titres de séjours. Et il y a des mesures qui peuvent être prises pour que la rétention soit réduite très fortement, et en premier lieu celle des enfants avec leurs familles. On invite à signer les pétitions pour demander la fin de l'enfermement des enfants en rétention. Les enfants n'ont rien à faire derrière des barreaux, des grillages, des centres de rétention. C'est tout à fait possible de faire autrement. La plupart des préfectures n'utilisent plus l'enfermement des familles avec enfants. C'est simplement quelques préfectures qui l'utilisent encore, la Moselle, la préfecture de Paris, qui concentrent la plupart de ces enfermements. Et on a des pays européens qui ont interdit l'enfermement des enfants en rétention, comme la Belgique.

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