"Ça ressemblait à une prison", témoigne un enfant albanais, passé par un centre de rétention de Moselle

Dans la salle de surveillance du centre de rétention de Metz-Queuleu, en 2009.
Dans la salle de surveillance du centre de rétention de Metz-Queuleu, en 2009. (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

Le projet de loi asile et immigration est présenté à l'Assemblée nationale lundi, avec comme point de friction, y compris dans la majorité, la présence d'enfants dans les centres de rétention. 

C'est un texte qui risque de faire du bruit dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale lundi 16 avril. La majorité se divise toujours sur certains points du projet de loi asile et immigration, présenté lundi aux députés, comme la présence de familles et d'enfants dans les centres de rétention. En 2017, 275 enfants ont été enfermés dans ces structures, et la France a été plusieurs fois condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme à ce sujet. Une famille albanaise témoigne du traumatisme d'un passage dans un de ces centres en Moselle.   

Des familles parfois séparées

Irdi est âgé de huit ans. Il est passé par l'un de ces centres de rétention au mois de mars dernier. Il se trouve au centre aéré quand la police appelle et demande à une animatrice d'emmener le garçon au commissariat de Charleville-Mézières (Ardennes). Les parents d'Irdi sont déjà là. Déboutés de leur demande d'asile, ils ont l'obligation de quitter le territoire français. "Ça ressemblait à une prison, confie l'enfant. J'ai pleuré parce que j'ai quitté ma mère." 

La mère d'Irdi, Majiana, explique avoir aussi souffert : "Ils ont pris mon mari et le petit, et ils m'ont dit que les deux allaient partir et [que j'allais rester ici]." Les policiers séparent la famille, car un autre enfant manque à l'appel. Danil, 15 ans, se promenait avec des amis au moment de l'arrestation. Il est introuvable et ne peut rester seul en France. La police relâche donc la mère, mais le père et le fils cadet sont envoyés le soir même au centre de rétention de Metz (Moselle). Ils seront réveillés en pleine nuit pour monter dans une voiture, direction Roissy.

"Il est traumatisé"

"[Imaginez qu'on dise] à mon enfant de 8 ans, à deux heures du matin, qu'il doit se réveiller pour partir en Albanie ! Il a pris un choc, il est traumatisé, réagit la mère du garçon. Ils te prennent ton fils, ils te séparent, je ne l'oublierai jamais."

Le père, au moment de monter dans l'avion, a refusé de retourner en Albanie. Il a expliqué qu'il voulait lancer une nouvelle demande de protection, cette fois pour raisons médicales, son fils aîné souffrant de troubles psychologiques. La famille étant séparée, les policiers n'ont pas insisté et l'ont relâché.

Alors que le projet de loi arrive à l'Assemblée, la gauche et une partie des députés La République en marche (LREM) veulent interdire cette rétention d'enfants, qu'ils jugent traumatisante pour les plus jeunes. Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, lui, refuse de plier, mais il promet d'améliorer les conditions d'accueil de ces enfants grâce à de nouveaux investissements (1,5 million d'euros de travaux prévus en 2018).

Une famille albanaise passée en centre de rétention au mois de mars dernier, témoigne. Le reportage de Julie Pietri (France Inter)
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