Affaire Grégory : le juge Lambert "est lui aussi une des victimes de l'affaire"

Le juge Lambert s\'est donné la mort le 11 juillet dernier. Il a rédigé quatre lettres pour expliquer son geste avant de se donner la mort. 
Le juge Lambert s'est donné la mort le 11 juillet dernier. Il a rédigé quatre lettres pour expliquer son geste avant de se donner la mort.  (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

Avant de se suicider le 11 juillet dernier, le juge Jean-Michel Lambert, en charge de l'affaire Grégory à ses débuts, a adressé plusieurs lettres d'explications, dont une à un journaliste de l'Est Républicain. Pour le rédacteur en chef du journal Philippe Marchacci, "on se rend compte qu'il est lui aussi une victime de l'affaire".

Avant de se suicider le 11 juillet dernier, le juge Jean-Michel Lambert, en charge de l'affaire Grégory à ses débuts, a rédigé plusieurs lettres d'explication à ses proches et à un journaliste de l'Est Républicain. Le journal a publié sur son site internet cette lettre, mercredi 19 juillet. Pour le rédacteur en chef du journal, Philippe Marchacci, c'est "un nouveau tournant dans cette affaire" puisqu'"on se rend compte qu'il est lui aussi une victime de l'affaire".

franceinfo : pourquoi avez-vous reçu une lettre de la part du juge Lambert ?

Philippe Marchacci : "C'est vraiment lui qui a fait le choix de nous adresser une lettre. Il nous le dit à la fin du courrier, il nous explique qu'il compte sur nous pour être son relais. En fait, le juge Lambert avait rencontré Christophe Gobin, le journaliste qui a reçu le courrier, en 2004, lorsqu'à l'occasion des 20 ans de l'affaire Grégory, nous avions réalisé un supplément spécial. Une relation s'était nouée : Christophe et lui continuaient à échanger. Ce n'était pas des amis qui se retrouvaient régulièrement, c'était plutôt une correspondance épistolaire. Ils parlaient de polars ou de cinéma. Christophe était resté en contact avec lui et il s'était refusé, par honnêteté intellectuelle, à le recontacter pendant l'affaire Grégory quand elle est revenue, il y a un mois, sur le devant de la scène.

Il y a avait une relation de confiance entre le journaliste et le juge...

Oui, d'ailleurs dès les premiers mots du juge, c'est clair. Il dit : "Mon cher Christophe, j'ai choisi de vous adresser ce courrier car d'une part vous n'avez jamais trahi la confiance que je vous ai accordée et d'autre part vous avez toujours su prendre la distance nécessaire pour regarder une certaine affaire."

Ce n'est pas le seul courrier qu'a rédigé le juge Lambert avant de se donner la mort. Il s'est adressé à plusieurs personnes de son entourage.

Oui, il a également adressé un courrier à son épouse, à sa fille je crois et à son éditeur. C'est la famille qui nous a fait parvenir ce courrier puisque c'est son épouse qui nous l'a posté. On a été averti par l'avocat de l'existence de ce courrier. Quand on l'a reçu, on a eu un doute sur ce qu'il fallait en faire : la famille ne l'avait pas ouvert. On a ouvert le courrier, on l'a retourné à la famille et on leur a demandé s'ils étaient d'accord pour nous laisser le publier. Malgré une réquisition de la police judiciaire qui nous demandait de ne pas le publier, on a fait le choix de le publier.

Qu'apporte ce courrier à l'affaire Grégory selon vous ? 

Je crois que cette affaire, elle hante le juge Lambert depuis près de trente ans, comme tous journalistes qui ont travaillé dessus. Trente ans c'est énorme ! Il a essayé visiblement mais il nous parle de la machine à broyer et il dit "Je n'aurais pas eu la force d'affronter cette dernière épreuve". Pour nous, c'est vraiment un nouveau tournant dans cette affaire Grégory puisque le juge Lambert, c'est vraiment devenu au fil du temps le symbole des errements de toute l'enquête. Quelque part, c'était devenu un coupable et je crois que grâce à ce courrier - c'est peut être le dernier message qu'il veut nous envoyer - on se rend compte qu'il est lui aussi une des victimes de l'affaire.

"Je crois que cette affaire hante le juge Lambert depuis près de trente ans", Philippe Marchacci, rédacteur en chef de "L'Est Républicain" à franceinfo.
--'--
--'--

Vous êtes à nouveau en ligne