Patrimoine : "Je ne fais pas une 'hulotte', je tire un signal d'alarme", assure Stéphane Bern

Stéphane Bern, lors de la signature de la convention du loto du patrimoine le 13 février dernier.
Stéphane Bern, lors de la signature de la convention du loto du patrimoine le 13 février dernier. (OLIVIER LEJEUNE / MAXPPP)

"Quand on donne 450 millions pour restaurer le Grand Palais à Paris, que fait-on pour le patrimoine vernaculaire, les petites églises des campagnes, tout le patrimoine industriel et ouvrier, qui font vivre nos villages ?", demande Stéphane Bern.

"Je ne fais pas une 'hulotte', je n'ai pas l'intention de partir avec pertes et fracas, je tire un signal d'alarme", déclare Stéphane Bern, samedi 1er septembre sur franceinfo, faisant référence à la démission du ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot. Nommé à la tête d'une mission sur le patrimoine par Emmanuel Macron, il a affirmé vendredi dans un entretien aux journaux du groupe Ebra qu'il quitterait sa mission s'il n'est qu'un "cache-misère".

Stéphane Bern a "l'impression qu'il y a une démobilisation générale". "Il faut que les moyens soient mis pour sauver le patrimoine", lance-t-il. Le loto du patrimoine, un jeu de grattage intitulé "Mission patrimoine", sera lancé lundi 3 septembre, pour financer la restauration de monuments en péril.

"J'ai le sentiment parfois qu'il y a une démobilisation de l'État" déclare Stéphane Bern sur franceinfo.
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franceinfo : Qu'est-ce qui vous fait dire que vous pourriez être un pantin ou un cache-misère ?

Stéphane Bern : J'ai le sentiment, parfois en tout cas, qu'il y a une démobilisation de l'État, et qu'au fond, on me dit : "c'est à vous de trouver les moyens, les nouvelles sources de financement pour sauver le patrimoine en péril en France". Je ne suis pas ministre, je ne cherche d'ailleurs aucun poste ou aucun mandat, simplement je trouve que les chiffres parlent d'eux-mêmes. Quand dans le même temps on donne 450 millions pour restaurer le Grand Palais à Paris, que fait-on pour le patrimoine vernaculaire, les petites églises des campagnes, tout le patrimoine industriel et ouvrier, qui font vivre nos villages ? C'est un peu mon inquiétude. Et comme j'ai le sentiment qu'il y a une démobilisation générale, j'essaie de remobiliser les Français, à quelques jours du lancement du loto du patrimoine. Je ne fais pas une "hulotte", je n'ai pas l'intention de partir avec pertes et fracas, je tire un signal d'alarme.

La ministre de la Culture a assuré de son engagement sans faille, et de la volonté politique du président pour préserver le patrimoine, est-ce suffisant ?

La volonté politique, oui, je sens qu'elle est là. Après c'est une question de chiffres, c'est une question d'arbitrages. Quand vous voyez que les députés rejettent des amendements pour protéger des quartiers entiers et votent la loi Elan (sur le logement), je m'inquiète. Ce n'est pas seulement le gouvernement, le chef de l'État. N'accusons personne. J'aimerais que davantage les élus prennent conscience de l'importance du patrimoine. Il faut que les moyens soient mis pour sauver le patrimoine.

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Combien vous faut-il pour mener à bien cette mission ?

Les 270 monuments qui doivent être restaurés dans le cadre de ma mission ont été chiffrés à 54 millions d'euros. Avec le loto, j'espère, si les Français se mobilisent et me donnent raison, cela permettrait de récolter entre 15 et 20 millions d'euros. Vous voyez le différentiel. Donc, il y a encore beaucoup, beaucoup à faire. Il faut, et je suis ravi, que Françoise Nyssen le rappelle, que l'État ne se désengage pas. J'espère que l'on va sacraliser le budget qui est alloué au patrimoine. Mais il y a les mots, et puis sur le terrain je vois le patrimoine se dégrader dans tous les villages de France où je me rends. Les gens demandent de l'aide, et je ne sais que faire, je n'ai aucun mandat pour cela.

Avez-vous le sentiment qu'avec vous, comme avec Nicolas Hulot, Emmanuel Macron joue sur votre atout charme auprès des Français, votre popularité ?

Je ne sais pas. J'ai peu vu, je vous l'avoue, le chef de l'État. Je l'ai vu lorsqu'il a réuni les porteurs de projets au mois de mai dernier. Je n'ai pas le sentiment pour le moment d'être une marionnette, un pantin, ou d'être utilisé. Si j'avais ce sentiment, j'ai dit - et cela fait le buzz médiatique, vous en conviendrez - que je partirais immédiatement. Je ne fais pas de politique, je suis un animateur. Mon métier c'est de ne pas mettre les mains dans le cambouis de la politique. En revanche les politiques ont tendance parfois à vous récupérer, et je n'aime pas trop ça. C'est un avertissement, mais vis-à-vis aussi de mes compatriotes : je ne peux pas tout faire seul, il faut que l'on soit tous mobilisés pour le loto du patrimoine qui est une solution ludique pour tous les joueurs évidemment. Cela ne coûte rien aux autres. C'est la part de l'État qui va être allouée à la Fondation du patrimoine pour redistribuer aux projets qui ont été sélectionnés. Je crois qu'il faut qu'on comprenne que le patrimoine est une cause nationale, parce que s'il y a 90 millions de visiteurs qui viennent chaque année visiter la France, c'est aussi pour voir nos trésors. Et ces trésors il faut les mettre en valeur, parce que cela permet de dynamiser également les territoires et la ruralité qui est bien mal en point en ce moment.

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