Des vestiges antiques du patrimoine syrien, endommagés pendant la Seconde Guerre mondiale, exposés au Louvre

Exposition \"Royaumes oubliés\", au musée du Louvre, à Paris.
Exposition "Royaumes oubliés", au musée du Louvre, à Paris. (ANNE CHEPEAU / RADIO FRANCE)

Les vestiges du site de Tell Halaf, situé près de la frontière turco-syrienne, sont exposés à partir de jeudi au musée du Louvre, à Paris. Ces pièces archéologiques, fortement endommagées durant la Seconde Guerre mondiale, ont fait l'objet d'une restauration exceptionnelle à Berlin.

C’est à des "royaumes oubliés" de Turquie et de Syrie entre 1100 et 700 av. J.-C. que le musée du Louvre à Paris consacre sa nouvelle exposition, à partir de jeudi 2 mai et jusqu'au 12 août.

Parmi les sites mis en avant, celui de Tell Halaf, près de l’actuelle frontière turco-syrienne. Les vestiges exposés ont été sortis des réserves du Pergamon Museum, en Allemagne, qui conserve les pièces archéologiques provenant de Tell Halaf.

Dans les réserves du Pergamon Museum (Berlin).
Dans les réserves du Pergamon Museum (Berlin). (ANNE CHEPEAU / RADIO FRANCE)

Une bombe incendiaire en 1943

Le site néo-hittite a connu une histoire mouvementée. En 1928, le baron Max Von Oppenheim, archéologue allemand, rapporte à Berlin les sculptures monumentales en basalte qui ornaient le palais royal bâti 900 ans avant Jésus Christ.

Il les expose dans une ancienne fonderie transformée en musée, mais en 1943, lors de la Seconde Guerre mondiale, une bombe au phosphore tombe sur le bâtiment : "Les pompiers qui viennent éteindre l’incendie vont involontairement provoquer la destruction du basalte qui chauffait", raconte Vincent Blanchard, conservateur en chef au musée du Louvre et commissaire de l’exposition. "Le basalte explose à cause de la différence entre la chaleur de l’incendie et l’eau", ajoute-t-il.

Un trésor antique détruit dans l'explosion

Au total, 27 000 fragments sont sauvés dans les décombres du bâtiment incendié, et conservés dans les caves du Pergamon Museum, à Berlin. "À partir de la fin des années 90, on va tenter de reconstituer ces statues, et à partir des 27 000 fragments, on va reconstituer 65 éléments, des statues, des reliefs et des éléments d’architecture", explique le conservateur.

Fragments des sculptures étalées sur des palettes avant restauration, au Pergamon Museum (Berlin).
Fragments des sculptures étalées sur des palettes avant restauration, au Pergamon Museum (Berlin). (ANNE CHEPEAU / RADIO FRANCE)

Pendant dix ans, 18 restaurateurs, trois archéologues et un technicien ont travaillé sur ce gigantesque puzzle de 27 000 pièces. Lutz Martin, archéologue au Pergamon Museum, a supervisé cet incroyable chantier de restauration : "On a commencé par mettre tous les fragments sur des palettes en bois. Nous avions de très bons documents photographiques, beaucoup d’images de très bonne qualité, donc nous avons observé ces images, ainsi que les fragments de surface".

Un travail "très intense" : "On a avancé comme ça, un fragment allait avec un autre. Ça a été un long processus, mais au final nous y sommes parvenus", raconte l'archéologue.

Au bout d’un an, on a réussi à retrouver des fragments provenant de l’intérieur des sculptures et aujourd’hui, on peut dire que les sculptures ont été complètement reconstruites, intérieurement et extérieurement.Lutz Martinà franceinfo

Ces sculptures revenues de l’enfer ont à présent rejoint les salles du musée du Louvre. Monumentales mais infiniment fragiles, certaines parmi les plus majestueuses sont exposées devant une immense photo du site de Tell Halaf, provenant des archives de leur découvreur, Max Von Oppenheim.

Dans les réserves du Pergamon Museum (Berlin).
Dans les réserves du Pergamon Museum (Berlin). (ANNE CHEPEAU / RADIO FRANCE)

L'exposition "Royaumes Oubliés - De l'empire Hittite aux Araméens" est à voir à Paris au Musée du Louvre jusqu'au 12 août.

Reportage Anne Chépeau
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