Bonus financier pour la parité dans le cinéma : il faut "renverser une forme d'autocensure"

Les comédiennes Marthe Keller et Louise Monot, le 19 mars 2007 au Palais des Papes à Avignon, lors du tournage de \"La Prophétie d\'Avignon\". (illustration)
Les comédiennes Marthe Keller et Louise Monot, le 19 mars 2007 au Palais des Papes à Avignon, lors du tournage de "La Prophétie d'Avignon". (illustration) (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

La ministre de la Culture Françoise Nyssen a annoncé jeudi la création en 2019 d'un bonus dans les subventions pour les films "exemplaires en matière de parité" hommes-femmes. Une mesure soutenue par la productrice de cinéma Sandrine Brauer.

La création d'un bonus financier dans le cinéma pour promouvoir la parité "permettrait de renverser un certain nombre de paramètres tels qu'une forme d'autocensure", a expliqué jeudi 20 septembre sur franceinfo la productrice de cinéma Sandrine Brauer, membre de l’association Deuxième regard qui milite pour l’égalité femmes-hommes dans l’industrie du cinéma, et membre du collectif 50/50/2020, pour la parité dans le cinéma à horizon 2020.

La productrice souligne notamment que "les budgets restent inférieurs dans leur moyenne quand ils sont réalisés par des femmes". Elle plaide pour "une prise de risque" et par "la formation dans les écoles de cinéma".

franceinfo : Cette création d'un bonus financier est-elle une bonne chose ?

Sandrine Brauer : Cela veut dire qu'on avance. Quant à savoir si c'est une bonne chose, on le saura quand on l'aura mise en œuvre. Il y a tellement de facteurs. La première chose, c'est d'avoir une photographie des disparités et ensuite de se poser la question : pourquoi ces disparités existent ? Une des hypothèses de travail est qu'un coup de pouce économique permettrait certainement de renverser un certain nombre de paramètres tels qu'une forme d'autocensure, une forme d'engagement timoré. On ne peut pas rester sans rien faire. L'intuition est qu'il faut passer par des chiffres, par une photographie précise. L'économie est persistante, très puissante dans le cinéma. Si les films ne se font pas, si les budgets restent inférieurs dans leur moyenne quand ils sont réalisés par des femmes, c'est qu'il faut tenter quelque chose.

Si ce dispositif s'appliquait aujourd'hui, il concernerait moins d'un film sur six. C'est suffisant ?

Cela veut dire que certains films sont déjà engagés dans une forme de parité. On a un peu mordu les jarrets du Centre national du cinéma [CNC] et du ministère de la Culture pour obtenir des mesures. J'ai l'impression qu'on a aussi un film sur six qui ne serait pas loin d'y arriver. Le pari qu'on fait, c'est que si ce bonus agit sur ces films-là qui sont proches de cette parité-là, cela veut dire qu'on fait basculer un certain nombre de films dans cette parité qui nous intéresse.

Le système à points évoque des postes clés d'un film. La réalité est qu'il y a peu de femmes formées à ces métiers ?

C'est multifactoriel. On imagine qu'il y a une forme d'autocensure. Dans beaucoup de métiers, des femmes restent dans des postes d'assistantes, soit parce qu'elles ne s'autorisent pas à se présenter comme chef, soit on ne leur propose pas ce job là. Les scripts sont traditionnellement plus féminins, et traditionnellement les chefs opérateurs sont plus masculins. Mais on voit qu'il y a des mouvements. Il y a de plus de plus de chefs opérateurs femmes. Il y a des métiers qui résistent beaucoup plus. Il n'y a pas beaucoup d'ingénieurs du son féminin. Cela passe par la formation, par la prise de risque, par la prise de conscience, par les rencontres, par les préconisations. Et la préconisation intervient dès la formation. Dans les écoles de cinéma, le mot passe très régulièrement.

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