Avis d'expert : il faut agir en professionnel

Pour Lorenzo Soccavo, auteur de guides pratiques sur l'édition, il est indispensable de professionnaliser sa démarche d'auteur pour être publié.

Lorenzo Soccavo est l'auteur de guides pratiques sur l'édition et les pratiques professionnelles de l'écrit. Il est également attaché à la formation professionnelle à l'Eicar (Ecole internationale de création audiovisuelle et de réalisation).

Comment approcher les éditeurs lorsqu'on a le projet de faire publier son premier livre ? Est-ce difficile ? Pourquoi ? Y a-t-il des "trucs" ?

"Il faut éviter d'aborder les éditeurs comme des sauvageons : sur un salon du livre par exemple, ou en se recommandant de la copine du cousin de la concierge de l'éditeur ! Le "truc" est de bien cibler. De proposer au bon éditeur le manuscrit qu'il attendait sans le savoir. Mais souvent il le sait... Car un éditeur réfléchit beaucoup et doit, au fond, gérer une entreprise. C'est pourquoi la majorité des livres édités sont en fait des commandes de la part des éditeurs à des auteurs qu'ils connaissent ou qui ont déjà été édités ailleurs. Et c'est pourquoi il est si difficile de faire publier son premier livre... Les éditeurs sont submergés de manuscrits plus ou moins aboutis qu'ils n'ont absolument pas sollicités. Faire la différence pour l'auteur débutant est capital. Mais faire montre d'une originalité débridée ou s'autoproclamer talentueux est vain, et surtout contre-productif. Ce qu'il faut, c'est agir en professionnel : connaître les catalogues et les collections des éditeurs, s'informer sur le marché et les tendances du genre dans lequel on veut être édité, apprendre à présenter un manuscrit, à améliorer son style, à connaître les lignes et les politiques éditoriales... Aujourd'hui, professionnaliser sa démarche d'auteur est indispensable pour être publié. La France compte de nombreux ateliers d'écriture qui délivrent une formation de base à l'écriture littéraire. A Paris, avec L'Escale (Ecole supérieure de création littéraire, hébergée à l'Eicar), l'écriture créative à l'américaine s'impose. Les auteurs peuvent retravailler leurs projets avec des tuteurs, suivre des masters class avec des auteurs connus et reconnus, rencontrer et échanger avec des professionnels de l'édition... " 

Quels sont les points sur lesquels il faut se montrer vigilant lors de la signature d'un contrat d'édition ?

"La relation contractuelle qui unit auteur et éditeur est clairement définie dans un code qui s'appelle le CPI (Code de la Propriété Intellectuelle). Ce code fixe le cadre légal des contrats d'édition. Les points importants concernent la rémunération de l'auteur. Elle doit être, sauf cas exceptionnels définis par la loi, un pourcentage sur le prix de vente public hors taxe et ce dès le premier exemplaire vendu. Ce sont les fameux "droits d'auteur", autour de 10%. De nombreux autres points sont importants : les droits cédés à l'éditeur, le "droit de préférence" qui lie l'auteur à l'éditeur pour plusieurs de ses ouvrages à venir... En France, où la pratique des agents littéraires tarde à se développer, la négociation, surtout pour un auteur débutant, est presque impossible. Cela dit, la loi est la loi. Et il ne faut pas signer n'importe quoi les yeux fermés. Un guide indispensable est paru sur ce sujet : "Vous écrivez ? Quels sont vos droits ?" par Florence-Marie Piriou (Ed. Dixit ). Tout auteur devrait le lire avant de signer son premier contrat d'édition."

Que se passe-t-il si le livre ne rencontre pas le succès escompté ? Est-ce "rattrapable" pour l'auteur ? Et pour l'éditeur ? 

"Editer un livre est un risque financier certain pour un éditeur. De nombreux partenaires (diffuseur, distributeur, libraires...) sont aussi concernés par le succès ou l'échec commercial. Parfois, un livre peut avoir une seconde vie qui sera sa chance (édition en poche, en club du livre, traductions, adaptation...). Mais si le flop est total, point de salut. L'éditeur aura perdu de l'argent et l'auteur rencontrera plus de difficultés pour faire éditer son prochain livre. C'est exactement comme pour un réalisateur qui ne fait pas beaucoup d'entrées à son premier film. Il aura plus de mal à trouver un producteur pour le second... Financièrement, l'auteur a tout intérêt à se faire payer un à-valoir avant la sortie du livre c'est-à-dire une avance sur ses droits d'auteur. L'à-valoir reste acquis à l'auteur, même en cas de mévente. Bien souvent, l'à-valoir est la seule rémunération de l'auteur !"       

Auto-éditer son livre, est-ce une bonne solution ? Quels sont les avantages, les risques ? 

"Auto-éditer peut être une excellente solution. Aujourd'hui, avec l'impression numérique un livre peut être imprimé en quelques exemplaires seulement et les risques sont très réduits. L'auto-édition est une édition alternative et indépendante qui connaît ses premières success stories. Ce peut être une édition de proximité, pour témoigner de son activité professionnelle ou associative, partager son expérience ou transmettre son vécu... Le principal avantage est que l'auteur conserve tous ses droits et sa totale indépendance. De plus en plus, grâce à l'informatique, l'auto-édition va s'imposer comme une étape dans les plans de carrières des auteurs, sur le modèle de ce qui se pratique avec les labels indépendants au cinéma ou dans la musique... Internet met aujourd'hui à la portée des auteurs entreprenants, de nouveaux outils d'impression, de publication, de diffusion et de promotion, plus souples et moins coûteux. Pour la première fois, les auteurs peuvent se saisir des outils de production et de diffusion et acquérir ainsi une indépendance qui ne peut que renforcer leur liberté d'expression. Un auteur-éditeur peut aujourd'hui se démarquer de l'édition marchande et vivre, même avec seulement quelques lecteurs, une belle aventure..."    En savoir plus :  Le site de Lorenzo Soccavo
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