"ENVOYE SPECIAL". "Vous appelez ça un accueil ?" : un Afghan, qui a servi l'armée française, est aujourd'hui SDF à Paris

ENVOYÉ SPÉCIAL / FRANCE 2

Hier, ils étaient aux côtés de l'armée française, aujourd'hui ils sont menacés de mort par les talibans. Pourquoi la France n'accueille-t-elle pas tous les Afghans qui ont travaillé pour elle ? En désespoir de cause, certains rejoignent clandestinement le pays qu'ils ont servi. Sous un pont parisien, Basir s'est confié à "Envoyé spécial".

Quand il servait la France, Basir n'aurait jamais imaginé qu'il se retrouverait sept ans plus tard sous un pont à Paris. Après avoir fait la guerre aux côtés des forces françaises, il est aujourd'hui SDF.

De 2011 à 2012, comme l'attestent des images qu'a retrouvées "Envoyé spécial", il a participé à des missions dangereuses dans la vallée de la Kapisa. Un travail récompensé par une carte officielle d'ancien combattant – et même par une médaille. Basir est un homme décoré... mais sans papiers.

"Vous appelez ça un accueil ? Ça, là ? demande Basir en désignant les matelas de fortune qui jonchent le sol sous ce pont du nord parisien. Je n'imaginais pas que ça se passerait comme ça. Je m'étais dit que j'allais venir en France parce que j'ai travaillé avec l'armée française. J'ai mes contrats, mes lettres de recommandation... ils vont me protéger, ils ne vont pas me laisser à la rue. Et maintenant, je me rends compte que j'avais tort."

"Je m'étais dit : 'Ils vont me protéger, ils ne vont pas me laisser à la rue.' J'avais tort"

Basir a quitté l'Afghanistan en 2015, alors que la France venait de lui refuser un visa pour la seconde fois. Après un long périple chaotique, il est arrivé à Paris en mai 2017. Des premiers pas dans la capitale que le jeune homme ne risque pas d'oublier. Il faisait froid, et il n'avait pas de tente. "Mon père m'a téléphoné, raconte-t-il, et quand ma mère a compris que je dormais dans la rue, elle s'est mise à pleurer. Elle m'a dit : 'Toi, tu dors dans la rue ?'"

A 31 ans, Basir est un homme abîmé, épuisé. Il est passé par l'Iran, la Turquie, la Grèce, l'Allemagne. Il a payé des passeurs 5 000 euros pour rejoindre par ses propres moyens le pays des droits de l'homme. "Je suis fatigué, confie-t-il aux journalistes d'"Envoyé spécial". J'ai pas de logement. Un jour je suis ici, un autre ailleurs. C'est pas normal."

Extrait de "Les oubliés de Kaboul", un reportage à voir dans "Envoyé spécial" le 28 mars 2019.

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