Retrait de la grenade GLI-F4 : "Ce n'est pas un vrai changement, c'est une annonce politique", estime l'ONG chrétienne Acat

Une grenade GLI-F4 en novembre 2019. 
Une grenade GLI-F4 en novembre 2019.  (KARINE PIERRE / HANS LUCAS)

L'une des responsables de l'ONG Action des chrétiens pour l'abolition de la torture, a réagi sur franceinfo à l'annonce du ministre de l'Intérieur dimanche. 

"Ce n'est pas un vrai changement, c'est une annonce politique", estime lundi 27 janvier sur franceinfo Marion Guemas, responsable des programmes police-justice au sein de l'ONG Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (Acat). Elle réagissait à l'annonce par le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, du retrait de la grenade GLI-F4, une arme intermédiaire utilisée par les forces de l'ordre régulièrement accusée de causer des mutilations. "Cette grenade est déjà remplacée depuis 2018 par une autre grenade, qui contient une charge pyrotechnique dont on ne connaît pas exactement la composition et qui, a priori, produit les mêmes effets que la GLI-F4", souligne Marion Guemas, qui appelle la France à "s'interroger sur la nécessité d'avoir un tel dispositif, qui est largement décrié et qui, par moments, peut aussi induire de la violence".

franceinfo : Etes-vous satisfaite par l'annonce du retrait de la GLI-F4 ?

Marion Guemas : C'était une demande de l'Acat. Mais on est quand même un peu circonspects sur cette annonce, car ce que Christophe Castaner n'a pas précisé, c'est que ces grenades sont en rupture de stock puisque le fabricant Alsetex refuse d'en produire depuis 2014 après un accident qui a coûté la vie à l'une de ses employés. On arrive à l'épuisement des stocks de cette grenade, donc quoi qu'il arrive, les autorités ne pouvaient plus l'utiliser. Ce que Christophe Castaner néglige également, c'est que cette grenade est déjà remplacée depuis 2018 par une autre grenade [la GM2L], qui ne contient pas du TNT mais une charge pyrotechnique dont on ne connaît pas exactement la composition et qui, a priori, produit les mêmes effets que la GLI-F4. Pour nous, ce n'est pas un vrai changement, c'est une annonce politique.

Vous dénoncez un manque de transparence de la part des autorités sur ces armes ?

Oui, c'est un problème chronique sur les armes qui sont utilisées par les forces de l'ordre. On a très peu d'informations sur la composition de ces armes et sur leur dangerosité réelle. Par exemple, sur la GLI-F4, le ministère de l'Intérieur répète qu'il n'y a pas d'éclats de débris transfixiants, c’est-à-dire que quand la grenade explose il n'y a aucun débri qui peut blesser les chairs. Or, il a été prouvé par un laboratoire de la gendarmerie que c'était faux. Là, on nous annonce qu'il n'y a pas de débris transfixiants sur la GM2L, mais on ne peut que douter de la véracité des propos du ministère.

Réclamez-vous le désarmement des forces de l'ordre ?

Il n'est pas question de désarmer complètement les forces de l'ordre et de leur enlever les armes de force intermédiaire [grenades lacrymogènes, lanceurs de balles de défense, etc.] qui sont d'ailleurs rendues obligatoires par le droit international. Ce qu'on dit, c'est que la France utilise énormément d'armes de force intermédiaire par rapport aux autres pays, en particulier dans les opérations de maintien de l'ordre, et qu'il faut peut-être s'interroger sur la nécessité d'avoir un tel dispositif, qui est largement décrié et qui, par moments, peut aussi induire de la violence. Ces armes peuvent finalement créer plus de violences que ce qu'elles essaient de réduire.

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