Projet de char d'assaut franco-allemand : oui, les chars lourds ont encore un avenir

Un char Leclerc, à Mourmelon-le-Grand, dans la Marne, en décembre 2018.
Un char Leclerc, à Mourmelon-le-Grand, dans la Marne, en décembre 2018. (FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

La France et l'Allemagne s'engagent dans deux projets militaro-industriels majeurs, un avion de combat et un char d'assaut. Si la question de l'utilité du remplaçant du Rafale à l’horizon 2040 se pose peu, il y a plus d’interrogations sur le futur char franco-allemand.

Les deux projets ont été lancés il y a deux ans grâce à une impulsion politique forte, mais ils butent aujourd’hui sur des blocages industriels, des questions de répartition des tâches. Le conseil franco-allemand de Défense, qui se réunit ce mercredi 16 octobre 2019 à Toulouse, est censé lever les blocages sur le NGF (Next generation fighter) et sur le MGCS (Main combat ground system).Mais au-delà de ces blocages se pose une question de fond : aura-t-on en 2040, pour remplacer le Leclerc français et le Leopard allemand, vraiment besoin d’un char lourd ?

Pour appuyer l'infanterie, le char lourd reste et restera incomparable en matière de puissance de feu, de capteurs jour/nuit et de relais de communicationsJoseph Henrotin, DSIà franceinfo

Aujourd’hui, la France dispose de 222  chars Leclerc, dont aucun n’est déployé en Opex (opération extérieure). Au Sahel, dans le cadre de l’opération Barkhane ? Zéro. En Irak, dans le cadre de l’opération Chammal ? Zéro. Quatre Leclerc sont stationnés dans les États baltes, au titre de la mission Lynx, et 13 aux Émirats arabes unis, par ailleurs seul pays à avoir acheté le tank français. Aucun des chars Leclerc sous drapeau tricolore n’a jamais tiré un coup de canon en opération.

De gauche à droite : un Leclerc français et un Leopard allemand, à Graffenwöhre (Allemagne), en mai 2017
De gauche à droite : un Leclerc français et un Leopard allemand, à Graffenwöhre (Allemagne), en mai 2017 (ARMEE DE TERRE)

Pourtant, c’est ce que remarquent militaires, journalistes, humanitaires, civils sur les terrains de guerre, les chars d’assaut sont toujours présents. Selon un expert britannique, Nicholas Drummond, il y aurait aujourd’hui 100 000 chars de combat dans le monde (vieux et récents) dont 80% auraient été fabriqués dans les usines chinoises, soviétiques puis russes.

Quelle utilité ?

Des spécialistes rappellent que les chars Abrams ont largement contribué aux opérations américaines en Irak en 2003-2004. Ou à l’invasion de la Crimée par les soldats russes en 2014. Ils rappellent aussi que le char lourd est un appui essentiel de l’infanterie lors de combats en zone urbaine. "La fonction du char de bataille, c'est-à-dire aligner une puissance de feu en tir direct, sous protection et avec une forte mobilité, reste structurante au sein des forces armées", explique Joseph Henrotin, du magazine spécialisé DSI.

Mais Daech a ces dernières années, et à au moins une dizaine de reprises, détruit des chars turcs, des Leopard achetés à l’Allemagne. Et les chars lourds (60-70 tonnes) présentent l’inconvénient de bien mal voyager : certains ponts ne supportent pas leur poids, et leur transport dépend de l’état des voies ferrées pour les acheminer. Enfin, même si les état-majors occidentaux se préparent aux futurs "conflits de haute intensité" face aux forces d’un autre État, des membres français de l’Otan à Bruxelles admettent que la menace d’un déferlement de chars russes dans les plaines occidentales jusqu’au Rhin est "largement surévaluée". 

Des blindés plus légers, plus mobiles ?

C’est la deuxième école de pensée : le règne du char lourd, tel que le Leclerc donc, serait révolu. Toujours selon Nicholas Drummond, l’avenir du blindé appartiendrait plutôt aux petits formats (moins de 20 tonnes), agiles, légers et bien équipés en armement. Car, prévient-il, avec le développement des armes à impulsion magnétique, qui détruisent les systèmes électroniques en épargnant les équipages, "ces armements réduiront les coûteux chars d’assaut en pièces de métal immobiles".

Une thèse à laquelle Joseph Henrotin ne souscrit pas : "Les engins lourds restent pertinents, les engins plus légers, moins blindés ne font pas le poids face à des missiles antichars à double charge". Et pour lui, l'avenir du char passe par encore plus de technologie embarquée, jusqu'à devenir des "porteurs de drones ou des serveurs informatiques sur roulettes". 

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