Les dépenses militaires des pays africains en baisse, selon une étude

Des soldats nigérians brandissent un drapeau de l\'organisation jihadiste Boko Haram à Damasak (nord-est du Nigeria), le 18 mars 2015.
Des soldats nigérians brandissent un drapeau de l'organisation jihadiste Boko Haram à Damasak (nord-est du Nigeria), le 18 mars 2015. (REUTERS FILE PHOTO / X03763)

En 2018, les Africains auraient dépensé, pour leurs armées, 40,6 milliards de dollars (36,14 milliards d’euros), soit 8,4% de moins par rapport à l’année précédente, selon les estimations de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri). Lequel a établi un classement des pays du continent en fonction de leurs dépenses militaires.

"Il s’agit de la baisse annuelle relative la plus importante depuis le pic de l’après-Guerre froide, atteint en 2014", précise l’étude du Sipri, organisme suédois reconnu au niveau international. "En dépit de quatre années consécutives de baisse, les dépenses militaires en Afrique étaient encore (en 2018, NDLR) supérieures de 9,2% à celles atteintes en 2009", tempère cependant le document.

En Afrique du Nord, les dépenses se sont élevées en 2018 à 22,20 milliards de dollars (19,76 milliards d’euros), soit 5,5% de moins qu’en 2017. Pour autant, ces dépenses sont supérieures de 74% à celles de 2009. Pour les quatre pays de la région (Algérie, Maroc, Tunisie, Libye), elles dépassent pour la première fois celles des 45 pays de l’Afrique subsaharienne, qui s’élèvent à 18,4 milliards de dollars (16,38 milliards d'euros). A noter que ce classement n’inclue pas l’Egypte (placée par le Sipri au Proche-Orient). Il exclut par ailleurs les Comores ainsi que Sao Tomé-et-Principe, pays "présumés avoir des dépenses faibles", note le rapport. N’y figurent pas non plus ni l’Erythrée ni la Somalie, Etats "pour lesquels aucun chiffre n’est disponible".

L’Algérie freinée par l’inflation

Pays du continent de loin le plus prodigue en matière militaire, l’Algérie, avec 9,6 milliards de dollars (8,54 milliards d'euros), dont le niveau de dépenses est resté le même entre 2016 et 2018. Motif : l’inflation (4,2%, selon les chiffres officiels en janvier 2019) qui a rogné les budgets. Celui de l’armée représenterait cependant 5,7% du PIB, selon la Banque mondiale.



Un soldat tchadien se protège de la poussière remuée par un hélicoptère à Damasak, ville du nord-est du Nigeria reprise à Boko Haram par une offensive commune de troupes nigérianes, camerounaises, tchadiennes et nigériennes en mars 2015.
Un soldat tchadien se protège de la poussière remuée par un hélicoptère à Damasak, ville du nord-est du Nigeria reprise à Boko Haram par une offensive commune de troupes nigérianes, camerounaises, tchadiennes et nigériennes en mars 2015. (REUTERS - STRINGER . / X80002)

Pour le Sipri, les baisses observées en Afrique subsaharienne sont largement imputables aux diminutions des dépenses en Angola et au Soudan. En Angola, celles-ci ont diminué de 18% l’an dernier, pour la quatrième année consécutive. Et ce parce que "la baisse des prix du pétrole, depuis la mi-2014, a mis l’économie angolaise sous forte pression, ce qui a entraîné des coupes dans les budgets gouvernementaux, notamment militaires".

De son côté, le Soudan (-49% de dépenses militaires) a dû "faire face à la fois à une crise économique, à la poursuite du conflit dans la région du Darfour et à une montée en puissance des manifestations anti-gouvernementales". Le Soudan du Sud, né d’une sécession avec Khartoum en 2011, avec 59,4 millions de dollars (52,86 millions d'euros) de dépenses en 2018, aurait lui aussi vu diminuer son budget militaire. Ce qui paraît étonnant vu la guerre civile qui y règne… "Ce chiffre est bas et ne comprend pas le niveau inconnu du financement de l’armée, qui transiterait par la compagnie pétrolière nationale", observe l’organisme suédois.

Et l’Afrique du Sud dans tout ça ?

Seul le Nigeria, confronté à la lutte contre le groupe jihadiste Boko Haram, a vu son budget militaire augmenter, selon le Sipri. Second pays le plus prodigue pour l’Afrique subsaharienne, il a augmenté, en 2018, ses dépenses de 18% à 2 milliards de dollars (1,77 milliard d'euros), pour la première fois depuis six ans. L’année précédente, celles-ci représentaient 0,4% du PIB, selon la Banque mondiale.

Dans la région, Lagos est seulement dépassé par Pretoria. Mais selon le chef d’état-major de la South-African Army, cité par le site spécialisé opex360, le budget militaire de son pays, rongé par la corruption et en grande difficulté économique et financière, est "tombé à moins de 1%" en raison des coupes budgétaires pratiquées par le gouvernement de Cyril Ramaphosa. "Peut-être allons-nous vers 0%", a-t-il déclaré devant la presse le 18 octobre 2018. "A force de réduire ses dépenses militaires, l’Afrique du Sud aura-t-elle encore des forces armées ?", demande opex360.

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