VIDEO. Nouveau traité franco-allemand : on vous explique ce qu'il y a dans le texte ratifié à Aix-la-Chapelle

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Emmanuel Macron et Angela Merkel signent mardi 22 janvier à Aix-la-Chapelle un nouveau traité franco-allemand. Ce document d'une dizaine de pages est un message politique, à quatre mois des élections au Parlement européen.

Avant Aix-la-Chapelle, il y a eu l'Elysée : le 22 janvier 1963, le président français Charles de Gaulle et le chancelier allemand Konrad Adenauer signaient à Paris un traité fondateur de l'amitié franco-allemande, 18 ans après l'effrondrement du régime nazi. 56 ans plus tard, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont estimé qu'il était temps d'élever la relation bilatérale entre la France et l'Allemagne à "un niveau supérieur".

Ce nouveau texte paraphé à Aix-la-Chapelle le 22 janvier 2019 est censé renforcer la relation entre la France et l'Allemagne. C'est aussi un message poltique adressé à l'Europe, où l'affichage est aussi important que le contenu du traité.

Un an de négociations  

Le 26 septembre 2017, Emmanuel Macron lance l'idée d'un nouveau traité franco-allemand. Le président y énonce ses ambitions européennes, en se référant aux pères fondateurs de l'Union européenne. "Cet esprit pionnier et concret, c’est celui du traité de l’Élysée. Alors, travaillons et consignons ces engagements communs dans un nouveau traité de coopération que nous pourrons signer ensemble pour le 55e anniversaire du traité fondateur le 22 janvier 2018. Refaisons un traité de l’Élysée le 22 janvier prochain" dit-il. L'imbroglio politique en Allemagne après les élections fédérales -et la difficulté de former un gouvernement à Berlin- auront finalement raison de cet empressement. Le traité devra attendre un an de plus, pour finalement être signé ce 22 janvier 2019. Le délai initial semblait de toute façon peu réaliste. En souriant, un diplomate allemand de haut rang met l'impatience française sur le compte de "la fougue et l'enthousiasme" du président français concernant les questions européennes.

Un siège permanent pour l'Allemagne au Conseil de sécurité, "priorité" diplomatique   

A y regarder de près, le traité d'Aix-la-Chapelle n'apporte rien de spectaculaire. Il faut plutôt y voir une volonté renouvelée de rapprochement entre les deux pays, qui n'engage pas à grand-chose. Berlin -par la voix du ministre fédéral des Finances et vice-chancelier Olaf Scholz- avait proposé que la France abandonne son statut de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies au profit d'un siège pour l'Union Européenne. Une demande ignorée par la France.

>> A lire aussi : non, le traité d'Aix-la-Chapelle ne prévoit pas le partage du siège français à l'ONU (ni de livrer certaines régions à l'Allemagne)

En revanche le nouveau traité prévoit que "l’admission de la République fédérale de l’Allemagne en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies est une priorité de la diplomatie franco-allemande". En réalité ce siège ne pourrait être attribué que dans le cadre d'une vaste réforme de l'ONU qui pourrait élargir le cercle des membres permanents du Conseil à des pays comme l'Inde, le Japon ou le Brésil. Autrement dit : ce n'est pas pour demain.

Une clause de défense et une coopération renforcée

Si la France et l'Allemagne espèrent montrer l'exemple en matière de défense européenne, il leur faudra redoubler d'efforts. Certes, le traité d'Aix-la-Chapelle prévoit que les deux pays "se prêtent aide et assistance par tous les moyens dont ils disposent, y compris la force armée, en cas d’agression armée contre leurs territoires". Un engagement fort. Sauf que cette disposition est déjà actée de fait depuis 1949 dans le traité de l'OTAN, ainsi que par les traités européens. Quant à la possibilité d'envoyer conjointement des militaires français et allemands sur un théâtre d'opération extérieur -comme le souhaitait la France- elle a été retoquée par la cour constitutionnelle de Karlsruhe. Seule est prévue une "unité commune" (de police ?) en vue d’opérations de stabilisation dans des pays tiers. Un flou entretenu en raison de l'attribution des principales compétences policières aux Länder plutôt qu'à l'Etat fédéral. Les différences politiques et administratives montrent les limites de cette tentative.

Une convergence économique et des liens resserrés

La grande idée du traité d'Aix-la-Chapelle est de faire progresser la convergence économique entre les deux pays, mais aussi de montrer la voie. Ainsi l'Allemagne aurait voulu inaugurer un nouveau système récompensant la discipline budgétaire et sanctionnant les dérapages, afin de l'appliquer ensuite à l'ensemble de la zone euro. Au moment où le déficit de la France s'apprête à sortir des clous, Paris a refusé. Restent des énoncés de principe. "Les deux Etats approfondissent l’intégration de leurs économies afin d’instituer une zone économique franco-allemande dotée de règles communes" peut-on lire dans le nouveau traité, qui prévoit aussi de "coordonner de façon régulière les politiques économiques (...) afin de favoriser la convergence entre les deux États et d’améliorer la compétitivité de leurs économies". Une vieille antienne sans grand effet jusqu'à présent, tant le décrochage économique de la France par rapport à l'Allemagne rend l'exercice improbable.

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