Espionnage : les agents recrutés par les Chinois "sont très bien payés, c'est ça le problème", révèle un ancien agent de la DGSE

Le logo de la DGSE.
Le logo de la DGSE. (IAN LANGSDON / EPA)

Un ancien agent de la DGSE responsable du suivi de l’Asie, nom de code Beryl 614, révèle que les espions recrutés peuvent gagner de quelques milliers à quelques centaines de milliers d'euros.

Des fonctionnaires et des chercheurs français ont commencé, ces derniers jours, à recevoir des emails d'alerte à l'espionnage chinois via le réseau social LinkedIn. Selon les informations recueillies par franceinfo mercredi 31 octobre, cette alerte vient de deux services de renseignements français, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Un ancien agent de la DGSE responsable du suivi de l’Asie, nom de code Beryl 614, révèle que les espions recrutés peuvent gagner de quelques milliers à quelques centaines de milliers d'euros.

franceinfo : Ce sont des milliers de personnes qui sont contactées ?

Beryl 614 : Plusieurs dizaines de milliers de personnes et ça dure depuis plusieurs années. On suivait ça. On a pu travailler sur les Chinois, voir comment ils travaillaient, essayer d'identifier les intermédiaires et là, je suppose que les services de la DGSE/DGSI sont un peu dépassés par l'ampleur du phénomène. Donc on préfère communiquer pour pouvoir mettre l'alerte et faire en sorte que les gens se rendent compte qu'ils peuvent être attaqués et donc gêner l'offensive des Chinois.

Concrètement comment ça se passe ? Qu'est-ce qui intéresse les Chinois chez ces hauts fonctionnaires, ces grands patrons ?

D'abord il y a la première étape qui se fait comme en pêche à chalut, donc on fait ça de manière très générale et quand il y a une personne qui répond, là il y a des entretiens, des mails qui sont personnalisés cette fois-ci. On a l'impression que c'est un peu vague au départ. Il y a un peu de naïveté chez les Chinois. Ils veulent un peu tout. Les questions sont très générales et puis ensuite, c'est un peu l'opportunité qui fait qu'ils deviennent intéressés. Une fois qu'ils ont un profil intéressant qui est recruté, là, ils vont le diriger vers ce qui les intéresse : secrets d'entreprise, comment fonctionnent l'État français, les diplomates, des gens des services parfois.

L'idée c'est de faire de ces gens-là des agents chinois ?

Absolument. L'idée c'est d'aller le plus loin possible, de les recruter, de leur donner un plan de liaison clandestin, de les faire travailler à partir de la France. Mais ça peut-être aussi des gens recrutés à l'étranger, dans les ambassades. Ils sont très bien payés. C'est ça le problème. Les Chinois sont très efficaces, ils ont beaucoup d'argent. C'est rapidement des milliers d'euros, voire des dizaines de milliers d'euros. Et on a vu certains cas où c'est des centaines de milliers d'euros quand le secret est extrêmement important et que la personne qui a été recrutée prend des risques, pas pour sa vie parce qu'on est en démocratie mais qui risque de grosses années de prison.

Vous êtes à nouveau en ligne