Démission du général de Villiers : quatre choses à savoir sur François Lecointre, nouveau chef d'état-major des armées

Le général François Lecointre, le 5 mars 2013, à Bruxelles (Belgique).
Le général François Lecointre, le 5 mars 2013, à Bruxelles (Belgique). (GEORGES GOBET / AFP)

Le général de 55 ans remplacera à partir de jeudi Pierre de Villiers, qui quitte son poste après avoir protesté contre le budget alloué aux armées.

Ce qui frappe quand on écoute François Lecointre, c'est sa voix grave et son mot juste, dont on devine qu'il a été pesé. Mercredi 19 juillet, ce général de 55 ans a été nommé chef d'état-major des armées, en remplacement de Pierre de Villiers, qui a présenté sa démission. Il prendra ses fonctions jeudi et accompagnera Emmanuel Macron et la ministre des Armées, Florence Parly, sur la base aérienne d'Istres, dans les Bouches-du-Rhône. Franceinfo dresse un portrait de ce militaire peu connu du grand public.

Il est issu de l'armée de terre

Comme la majorité de ces prédécesseurs, François Lecointre vient de l'armée de terre. Né à Cherbourg (Manche), il est fils de sous-marinier et officier des troupes de marine depuis sa sortie de Saint-Cyr en 1987, où il a étudié au sein de la promotion Monclar.

Il a servi au cours de nombreuses opérations extérieures françaises ces trois dernières décennies, du Golfe jusqu’à la Côte d’Ivoire, en passant par la Somalie, Djibouti, le Rwanda et les Balkans. Lors de l'annonce de sa nomination, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a salué "son expérience de terrain, de combat (...) particulièrement importante pour nous dans la période actuelle". 

Avant d'être nommé chef d'état-major des armées, il était chef du cabinet militaire du Premier ministre Edouard Philippe. Une fonction qu'il exerçait depuis septembre 2016, d'abord aux côtés de Manuel Valls, puis de Bernard Cazeneuve.

C'est un héros de la guerre de Bosnie

"Le général Lecointre est un héros, un héros reconnu dans l'armée comme tel, un héros qui a su combattre, un héros qui a su libérer des soldats français, notamment en 1995 dans la guerre en Bosnie", a déclaré Emmanuel Macron, cité par Christophe Castaner mercredi.

Le jeune capitaine Lecointre s'est en effet rendu célèbre lors de la reprise du pont de Vrbanja à Sarajevo, le 27 mai 1995, après que des soldats français ont été pris en otage par une quinzaine de Serbes, déguisés en Casques bleus. Très vite, le capitaine Lecointre réalise que ses hommes ne répondent plus. Il prévient son supérieur, le général Hervé Gobilliard, qui décide de reprendre ce poste stratégique par la force. L'assaut d'un quart d'heure coûtera la vie à deux soldats français mais se solde par une victoire.

Dans un documentaire de 2011 Patrick Barberis, La Guerre en face, que sont nos soldats devenus ?, le général Lecointre raconte avec émotion cet épisode. Le militaire se rappelle s'être "brutalement" retrouvé "rattrapé par ce qu'il y a de plus extrême dans le combat : le corps à corps". Il confie aussi sa difficulté "d'avoir eu à vaincre sa peur" puis la victoire de son "instinct, dans sa forme la plus vile".

Au moment où enfin la décision est prise et où nous commençons l'infiltration à pieds vers le poste, je sais très précisément que ça va se terminer dans le sang.le général Lecointre,dans le documentaire "La Guerre en face"

C'est un habitué de l'Afrique

Côte d’Ivoire, Somalie, Djibouti, Rwanda, Mali... Le général Lecointre est un habitué du continent africain. Du Rwanda, où il participe en 1994 à l'opération Turquoise durant le génocide des Tutsis, il confie au Monde avoir "appris sur [sa] propre violence""Après avoir découvert un charnier de 40 nourrissons dans une maternité, ses soldats ont été tentés d'achever un homme, présenté comme l'auteur par la population", relate le quotidien.

En raison de son "expérience africaine", il prend la tête en février 2013 de la mission de formation de l'Union européenne au Mali. Celle-ci consiste à fournir des conseils militaires aux armées maliennes engagées dans la lutte contre les factions terroristes, dans le sud du pays. A l'époque, il promet à l'hebdomadaire Jeune Afrique que le chantier est "vaste" et qu'"il n’est pas question de se contenter d’un pansement sur une jambe de bois".

En 2014, il quitte le continent africain pour se retrouver aux côtés du chef d'état-major de l'armée de terre. Il participe à l'élaboration de la réforme de l'armée de terre, théorisant notamment son implication nouvelle dans la sécurité intérieure du pays, rappelle Le Figaro. Avec le général Jean-Pierre Bosser, il met en place son déploiement sur l'ensemble du territoire national, anticipant ainsi avec un an d'avance l'opération Sentinelle de janvier 2015.

Il souhaite que les responsables politiques s'intéressent de près aux armées

Lors d'une conférence à Sciences Po en février 2012, le général Lecointre a défendu la nécessité du débat public sur les questions armées. Il estime qu'"à partir du moment ou l'armée est engagée loin, dans des conditions de technicité assez élevée (...) avec des soldats professionnels", il existe un risque "désastreux" que "la nation se désintéresse de ce qui lui arrive".

Tuer sur commande est la chose la plus difficile qu'on puisse demander à un homme.le général Lecointreà Sciences Po, en 2012

Le général souligne l'existence d'un "devoir de vigilance absolue" sur ce que les "armées font en votre nom". "Chaque fois qu'un soldat tue quelqu'un, c'est votre responsabilité qu'il engage", assure-t-il aux étudiants présents, parmi lesquels de futurs responsables politiques.

Depuis la réforme constitutionnelle du 23 juillet 2008, le Parlement doit en effet être consulté lorsque l’exécutif décide d’engager une intervention armée. Ce fut le cas en septembre 2014, lorsque le Sénat et l’Assemblée nationale ont été convoqués en session extraordinaire pour débattre de l’engagement des forces armées françaises en Irak.