Cellule de prévention contre le suicide dans la police : "Toute la cohésion de la chaîne hiérarchique doit se faire avec comme objectif de lutter contre ce fléau"

Cérémonie en hommage à une capitaine de police de la sûreté départementale de l\'Hérault qui s\'est suicidée le 18 avril dans son bureau à Montpellier avec son arme de service.
Cérémonie en hommage à une capitaine de police de la sûreté départementale de l'Hérault qui s'est suicidée le 18 avril dans son bureau à Montpellier avec son arme de service. (RICHARD DE HULLESSEN / MAXPPP)

Une cellule d'écoute pour endiguer la vague de suicides chez les policiers a été lancée lundi. Depuis le début de l'année, 28 agents se sont donné la mort. Christophe Rouget, du syndicat des cadres de la sécurité intérieure, appelle à retrouver "un esprit de maison de police".

"Il va être demandé d'être plus vigilant car nous avons besoin de plus de cohésion", a commenté lundi 29 avril sur franceinfo Christophe Rouget, secrétaire général adjoint du syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI), après l'annonce par le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner de la mise en place d'une cellule d'écoute pour lutter contre les suicides dans la police. "On a une fatigue morale et physique qui amène les policiers, parfois, à passer à l'acte. Il faut lutter contre ça et il faut favoriser de meilleures conditions de travail", a t-il poursuivi.

franceinfo : Cette cellule répond-t-elle à une attente des forces de l'ordre ? 

Christophe Rouget : C'est une avancée, ça va dans le bon sens. C'est ce dont les policiers ont besoin, de parler rapidement car ils ont une arme et s'ils ont une décision à prendre, il faut qu'ils puissent avoir une écoute à ce moment où ils envisageraient de passer à l'acte. Il va être demandé aux officiers, à l'ensemble des commissaires de police et aux gradés d'être plus vigilants car nous avons besoin de plus de cohésion. Je pense que c'est sans doute quelque chose que nous avons perdu au cours de ces dernières années, un esprit de maison de police. Il va falloir le trouver à travers la formation et des activités communes. Nous attendons l'Académie de police qui nous a été promise et qui doit regrouper les trois corps de la police nationale. C'est important pour favoriser cette écoute et cette cohésion entre tous les corps.

Il y a un plus d'un tiers de suicides en plus dans la police par rapport à la population générale française. Quels sont les facteurs ?

On se connaît mal entre collègues. On voit bien qu'on a des services comme la police judiciaire et les CRS où on a moins de suicides. Chez les gendarmes aussi. Parce qu'il y a un logement, ils sont ensemble et souvent on a besoin de discuter. Alors que nous avons des jeunes gardiens de la paix, des jeunes officiers qui arrivent de province, qui se retrouvent en banlieue, dans des villes difficiles au niveau de la gestion de la délinquance, qui se retrouvent isolés et loin de leur famille. Il y a beaucoup de facteurs : l'isolement, la difficulté du travail, intervenir dans des villes difficiles avec beaucoup de délinquance. C'est aussi la fatigue avec ce problème des "gilets jaunes" depuis plusieurs semaines... On a une fatigue morale et physique qui amène les policiers, parfois, à passer à l'acte. Il faut lutter contre ça et il faut favoriser de meilleures conditions de travail. La France ne respecte pas les règles européennes minimales du temps de travail, à savoir 11 heures de repos entre deux vacations. Je crois que la volonté existe au ministère pour que ce soit enfin appliqué. Il serait grand temps.

Christophe Castaner reconnaît qu'il manque de connaissances sur le sujet du suicide. Partagez-vous ce sentiment ?

Oui, on connaît mal ce sujet. Dans les éléments qui doivent être apportés par cette cellule, la question qui se pose c'est ce qu'on peut mettre en place. On ne connaît pas l'ADN des policiers qui se sont suicidés, c'est-à-dire les difficultés qu'ils ont rencontrées dans leur carrière et ce qui a fait qu'ils sont passés à l'acte. Nous avons besoin d'améliorer notre connaissance pour juguler ce fléau parce que sur les 25 dernières années, c'est près de 1 200 collègues policiers qui se sont suicidés. C'est un chiffre dramatique. Nous avons besoin de plus de formation. Ce n'est pas uniquement le rôle du manager, c'est aussi celui du collègue de pouvoir détecter ces éléments. C'est quelque chose de collectif, qui n'est pas lié au grade. Ça touche tous les corps de la police nationale. Toute la cohésion de la chaîne hiérarchique doit se faire avec comme objectif de lutter contre ce fléau.

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