VIDEO. Utiliser de l'urine humaine comme engrais ? Des scientifiques travaillent sur cette solution efficace pour l'agriculture de demain

FRANCE 3

A Paris et en Suisse, des équipes mettent au point une alternative aux engrais issus de la pétrochimie. 

Utiliser de l'urine comme engrais ? L'idée n'est pas loufoque. Des chercheurs de grandes écoles d'ingénieurs françaises et suisses ont démontré que l'urine était une alternative crédible aux produits chimiques pour l'agriculture

A l'ouest de Paris, ils ont épandu de l'urine sur des dizaines de parcelles de blé, afin de comparer les rendements avec les engrais conventionnels issus de la pétrochimie. Résultat : "entre une parcelle fertilisée à l'engrais chimique et une parcelle fertilisée à l'urine humaine, il n'y a aucune différence", explique Tristan Martin, ingénieur à l'Ecole des Ponts Paris Tech. "L'an dernier, nous avons mené des essais en serres et nous avons constaté que les rendements étaient les mêmes entre les engrais chimiques et l'urine : on produit la même quantité de végétaux avec de l'engrais chimique qu'avec de l'engrais d'origine humaine", renchérit Fabien Esculier, géo-biochimiste à Paris Tech. 

Réduire la pollution et la consommation d'eau potable

Les intérêts de cette technique sont multiples. L'utilisation d'urine permet de réduire les importations de pétrole pour fabriquer les engrais de synthèse, de réduire l'exploitation de mines de phosphate très polluantes. Egalement, alors que l'on connait des périodes de sécheresse de plus en plus longues : récupérer les urines permet de réduire la consommation d'eau potable. Bon à noter lorsque l'on sait que 30% de notre consommation d'eau potable part dans les toilettes. 

Et pourquoi miser sur de l'urine humaine ? D'abord parce que la matière première est gratuite et rapidement disponible. Un être humain produit plus de 500 litres d'urine par an ! Les scientifiques expliquent également qu'elle est bien moins chargée en antibiotiques (100 à 10 000 fois moins) que l'urine des animaux d'élevage utilisée couramment dans les engrais organiques.

Mais ce n'est pas tout. Après analyse, les ingénieurs ont trouvé dans l'urine de l'azote (N), du phosphore (P), et du potassium (K) : NPK ! C'est la recette connue de tous les agriculteurs pour fertiliser leurs cultures. Avec en bonus d'autres composants nécessaires à la bonne croissance des plantes.

"Si on envoie l'urine dans les toilettes à chasse d'eau, puis dans les égoûts et en station d'épuration, on envoie les nutriments dans les rivières ! C'est de la nourriture pour les plantes. Dans les rivières, ça va faire pousser les algues, et entraîner une pollution. Alors que sur les champs, ça fait pousser les cultures", expose Fabien Esculier. C'est d'ailleurs en travaillant sur la pollution de l'eau que les ingénieurs suisses se sont penchés sur l'urine.

Séparer les eaux usées pour récupérer l'urine

Mais avant de pouvoir utiliser ces composants dans les cultures, il faut pouvoir les récupérer. Sur le campus de l'école polytechnique de Zürich, deux bâtiments ont été entièrement conçus pour séparer les eaux usées. "Les plus grands designers du secteur se sont penchés sur des toilettes 'séparatives'", indique Bastian Etter, de l'institut de recherche sur l'eau EWAG Vuna.

Un schéma explicatif montre comment fonctionne le système de séparation des eaux usées. 
Un schéma explicatif montre comment fonctionne le système de séparation des eaux usées.  (EAWAG)

Les tuyaux permettent de "séparer les flux d'eaux usées : eaux ménagères, cuisine, douches, urine". Les ingénieurs suisses imaginent une station d'épuration comme la leur dans le sous-sol de chaque immeuble afin de recycler les eaux usées. Un modèle qui ne prendrait pas plus de place qu'une grosse machine à laver. 

Avant d'être utilisable, l'urine est filtrée. On retire "les longues molécules, les polluants, les petites molécules, les nutriments traversent et on les récupère pour l'engrais", indique le chercheur. Purifié et concentré le produit n'a plus d'odeur. Baptisé Aurin, l'engrais a reçu l'agrément des autorités fédérales il y a deux ans. Il est commercialisé en Suisse et au Lichtenstein. 

Cultures hors-sol de salades fertilisées à l\'urine.
Cultures hors-sol de salades fertilisées à l'urine. (ECOLE D'HORTICULTURE DE GENEVE)

Une recette maison pour utiliser le produit

En France, Renaud de Looze, pépiniériste en Isère utilise le produit suisse. Depuis des années, ce professionnel expérimente l'urine au jardin. "Les plantes adorent ça", affirme-t-il. Mais il a aussi sa recette maison : "Pour un terreau gratuit, je verse l'urine dans un récipient puis 20 fois la dose de composte dessus et je laisse le produit imbiber le composte sans mélanger pendant 15 jours." Et pour enlever l'odeur, il suffit de verser l'équivalent d'un bouchon de vinaigre dans l'urine. Ensuite, attention au dosage. "Si on prend le produit maison, on prend un verre de 25 cl et on met deux verres dans un arrosoir de 10 litres. Avec ça, on arrose les plantes tous les 15 jours. Ça suffit car tout engrais, quel qu'il soit, brûle quand il est trop concentré et trop fréquemment appliqué !"

Pour cet ingénieur de formation, l'urine est une alternative crédible aux engrais chimiques de synthèse. Elle est d'ailleurs expérimentée à grande échelle en Suède et en Allemagne. 

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