VIDEO. "Mon père ne voulait pas mourir" : le réalisateur Edouard Bergeon parle de la descente aux enfers de son père agriculteur

Dans son film "Au nom de la terre", ce fils de paysan raconte toutes les difficultés rencontrées par son père, éleveur dans le Poitou, qui sombre dans la dépression avant de se tuer, comme désormais un agriculteur chaque jour en France... Extrait du magazine "13h15 le samedi" du 21 septembre 2019.

Surendetté, pris à la gorge, l’éleveur interprété par Guillaume Canet dans le film Au nom de la terre, en salles à compter du mercredi 25 septembre 2019, sombre dans la dépression jusqu’au drame. Ce paysan est le père du réalisateur Edouard Bergeon qui raconte dans ce long métrage sa propre histoire familiale et la descente aux enfers de Christian Bergeon, éleveur dans le Poitou.

"La première fois que j’ai vu Guillaume cet été, j’ai vraiment cru revoir mon père, dit le metteur en scène au magazine "13h15 le samedi" (replay)… Quand il s’installe dans les années 1980, il subit de plein fouet un énorme changement avec la réforme de la PAC, la mondialisation, l’ouverture des marchés, des consommateurs qui veulent manger toujours moins cher, les cours qui baissent, des investissements toujours plus gros pour faire grandir la ferme et des prix toujours plus bas…"

"Une nuit, il a ingéré des pesticides"

Le metteur en scène également du documentaire Les fils de la terre (2010), qui a pour sujet le suicide des paysans français, décrit les difficultés qui ne cessent de s’accumuler : "Des aléas ne vont pas l’aider : une grosse sécheresse et en 1997 un incendie ravage la ferme. Il a vu partir en fumée vingt-cinq ans de travail en dix minutes. Et là, j’ai vu dans son regard qu’il y avait quelque chose qui avait changé. C’était fini, quelque chose s’était cassé en lui."

"En pleine souffrance, alors qu’il était au plus mal, mon père a cherché une porte de sortie en étant capable de prendre un traitement médicamenteux d’un mois d’antidépresseurs et de somnifères en moins d’une semaine pour s’assommer. Une nuit, il n’a pas pris des médicaments mais a ingéré des pesticides. Avant de mourir, il est venu me voir, en souffrant, en agonisant et en me criant qu’il ne voulait pas mourir. Il n’a jamais voulu mourir." Edouard Bergeon avait seize ans au moment du drame.

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