VIDEO. Cette tribune signée par un agriculteur pro-glyphosate a-t-elle été "ghost-writée" par Monsanto ?

Astroturfing, ghost-writing… Monsanto a plus d'une technique de lobbying dans son sac pour défendre son herbicide au glyphosate, le Roundup. Après avoir fait signer par des scientifiques en apparence indépendants des textes qu'elle a elle-même rédigés, la firme applique ses méthodes d'"écriture fantôme" à des agriculteurs français... C'est ce que montre cet extrait d'une enquête d'"Envoyé spécial".

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Après avoir convaincu des chercheurs de signer des articles qu'elle aurait rédigés elle-même en grande partie, la firme Monsanto appliquerait-elle ses techniques de "ghost-writing" à des agriculteurs français ? C'est ce que montre cet extrait d'une enquête d'"Envoyé spécial" diffusée le 16 mai 2019.

Dans un autre reportage, "Glypho or not glypho", "Envoyé spécial" avait fait le portrait d'un agriculteur céréalier utilisateur de Roundup, l'herbicide controversé de Monsanto. Il avait écrit une tribune parue dans la presse qui avait attiré l'attention des journalistes. Une défense en règle du glyphosate au moment où l'Europe statuait sur sa possible interdiction. Sa lettre ouverte était devenue le symbole d'un monde paysan uni pour défendre le glyphosate…

En mai 2019, les journalistes ont remarqué un détail étonnant : sur le site du quotidien Les Echos, au bas de ce cri du cœur écrit à la première personne, ce n'est pas la signature de Vincent Guyot qui apparaît, mais celle de "Julie Dramard, agriculteur". Un nom que l'on retrouve dans de nombreux documents du cabinet Red Flag Consulting, une agence de communication qui travaille pour le groupe Monsanto. Julie Dramard n'est pas agricultrice, mais communicante. A l'époque, elle travaillait pour l'agence Fleishman-Hillard, qui avait pour client la firme agrochimique. Comment pourrait-elle signer la tribune d'un agriculteur de Saint-Quentin ?

Où l'on retrouve Red Flag Consulting et Agriculture et Liberté

Les journalistes sont retournés voir Vincent Guyot pour lui poser cette question. Face à leur insistance, il finit par admettre que cette tribune lui a, en fait, été commandée pour contrer une pétition de parlementaires français opposés au glyphosate : "C'est Agriculture et Liberté qui m'a proposé de faire une tribune pour répondre aux députés à ce moment-là." Agriculture et Liberté, dont Vincent Guyot est le membre le plus exposé dans les médias, c'est ce groupement d'agriculteurs présenté comme indépendant, mais en réalité créé de toutes pièces par Red Flag…

Transparent, Vincent Guyot laisse les journalistes filmer quelques-uns de ses mails. Des échanges avec Red Flag, justement, ou avec la fameuse Julie Dramard. On lui propose d'écrire une tribune pour Ouest-France, ou encore d'appeler France Inter pour interpeller une élue écologiste. Les journalistes découvrent qu'il est très souvent sollicité par les agences de communication de Monsanto. Dans un mail, la tribune publiée dans Les Echos semble même livrée pratiquement prête à Vincent Guyot…

Malgré son témoignage et ces preuves matérielles, Julie Dramard, jointe par téléphone, assure ne s'être jamais mêlée de la communication d'aucun agriculteur. Quelques jours plus tard, sur le site des Echos, la "coquille" a tout de même été corrigée : au bas de la tribune, "Julie Dramard" est devenue... "Vincent Guyot".

Extrait de "Les fichiers secrets de Monsanto", un reportage diffusé dans "Envoyé spécial" le 16 mai 2019.

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