VIDEO. Abattoir de Sobeval : la fuite de courriels qui gêne le ministère

En découvrant des images tournées par l’association L214 dans un abattoir en Dordogne, les services de l'Etat ont assuré que tout était en règle. Mais l'association de protection animale a mis en ligne un échange de mails qui semble dire le contraire.

Au Salon de l’agriculture le 26 février, on a vu le ministre Didier Guillaume confisquer le micro d’un journaliste et s’énerver. En cause : une fuite d’emails de son ministère, qui semble contredire les déclarations publiques sur un abattoir de Dordogne. L’œil du 20 heures a comparé les discours officiels et officieux.  

Tout commence avec la diffusion de vidéos que l’association de défense des animaux L214 dit avoir tourné dans l’abattoir de Sobeval en Dordogne, en novembre et décembre 2019. Sur ces images, l’association dénonce des manquements à la réglementation, comme l’absence d’immobilisation des bovins au moment de l’étourdissement. Conséquence selon l’association : des souffrances animales accrues.   

Dans un communiqué, la préfecture de Dordogne fait une toute autre lecture de ces images : “au premier visionnage des vidéos de l’association, il n’y a pas de mise en évidence de non-conformité à la réglementation.” Le jour même, discours identique du Directeur Départemental des services vétérinaires, Frédéric Piron devant la caméra de France 3 : “je n’ai pas d’éléments pouvant dire qu’on a des manquements, des anomalies, des non-conformités au regard de la protection animale dans cet abattoir.”  

Une fuite de messages internes semble dire le contraire

Aucun élément, vraiment ? Une fuite de messages internes au ministère de l’agriculture, révélée par L214, semble indiquer le contraire. La veille de l’interview, une conseillère au cabinet du ministre affirme : “certaines non conformités peuvent être identifiées sur cette vidéo”. Puis un agent du bureau des établissements d’abattage écrit : “j’ai fait la liste des non conformités indéniables, voire majeures relevées !”  

Pour Sébastien Arsac de l’association L214, ces échanges internes démontrent que le discours de l’administration change quand elle s’adresse au grand public. « On a vraiment un double langage, on a une fabrique du doute pour essayer de décrédibiliser le travail de l’association, on a un mensonge qui va essayer de rassurer le consommateur. »  

Contacté, le ministère de l’agriculture admet aujourd’hui une communication incomplète. Officiellement, la semaine dernière : aucun problème. A présent, le cabinet reconnaît des manquements de l’abattoir à la réglementation… mais mineurs. « On parle de non conformités quand elles sont majeures. Il n’y a pas de non-conformité majeure visible sur la vidéo, voilà ce que ça veut dire… C’est sûr, le communiqué de la Préfecture manquait de précision, » admet-on dans l’entourage du ministre de l’agriculture.  

L’abattoir a porté plainte contre L214 pour diffamation. Le ministère a lui ouvert deux enquêtes : une première sur les pratiques de l’établissement, et une autre, en interne pour comprendre l’origine de cette fuite... un brin gênante.

Le JT
Les autres sujets du JT
Vous êtes à nouveau en ligne