"Systématiquement, quand les vaches ont un an, on leur fait ingérer un aimant" : quand des corps étrangers mettent en danger la vie des vaches

Tous les ans, 60 000 bovins avalent des morceaux de métal en France (illustration).
Tous les ans, 60 000 bovins avalent des morceaux de métal en France (illustration). (MARIE-JEANNE DELEPAUL / FRANCE-INFO)

Une bête peut mourir en quelques jours après avoir ingéré des morceaux de ferraille.

La panse des vaches ressemble parfois à une poubelle. Elles avalent sans s'en rendre compte des petits bouts de métal et l'issue peut être fatale si cette ferraille les blesse et se transforme en abcès par exemple. Un risque qui inquiète certains éleveurs, rencontrés dans les allées du Salon de l'agriculture, mardi 26 février, à Paris.         

Juriste, un énorme taureau charolais, a causé quelques frayeurs à son propriétaire. Il y a quelques jours, "toute la matinée, il ne mangeait pas, il ne ruminait pas, il avait le ventre creux", raconte Pascal Riche. L'éleveur a bien cru qu'il avait avalé des bouts de ferraille, ce qu'il appelle des "corps étrangers""Les vétérinaires du salon l'ont ausculté, explique-t-il. Nous, on n'a pas eu de corps étrangers dans nos bêtes cette année, on n'est pas à l'abri que ça arrive sur cet animal-là !" 

Un risque plutôt rare

Cela peut être très dangereux. Romain Barret, éleveur dans les Ardennes, près de Sedan, a perdu deux vaches en dix ans de carrière. "Ça peut arriver que des bouts de barbelés ou des fils de fer cassent, ensuite ils se désintègrent, ils deviennent de petits morceaux. Si la vache les avale, ça peut perforer la panse. En quelques jours, la bête peut mourir." 

Gikojulo a remporté le concours de la race charolaise du Salon de l’agriculture 2019. Elle pèse 1100 kilos et n’a jamais ingurgité de bout de métal.
Gikojulo a remporté le concours de la race charolaise du Salon de l’agriculture 2019. Elle pèse 1100 kilos et n’a jamais ingurgité de bout de métal. (MARIE-JEANNE DELEPAUL / FRANCE-INFO)

Tous les ans, 60 000 bovins avalent des morceaux de métal en France selon l'interprofession bétail et viandes. Et cette pathologie n'est pas nouvelle, selon Vincent Legoupil, vétérinaire rural dans la Manche. "Je suis fils de vétérinaire et mon père a connu ce même problème de corps étranger. Je dirais que c'est peut-être 3 à 5% des motifs de consultation, donc ce n'est pas non plus notre quotidien ! En général quand ça se déclenche, une vache laitière produit moins de lait du jour au lendemain car un bout de fer la pique.

Le traitement consiste à leur faire avaler un aimant qui capte les déchets. Parfois, on opère et ça se passe généralement bien.Vincent Legoupilà franceinfo

Ça s'arrange sauf si le bout de métal migre vers le cœur : c'est ce qu'on appelle la péricardite. Dans ce cas, les chances de survie, sont très minces. Certains éleveurs comme Romain Baret préfèrent donc prévenir que guérir. "Systématiquement, quand les vaches ont un an, on leur fait ingérer un aimant. Cette vache par exemple, explique-t-il en pointant l'animal devant lui, a un aimant dans la panse et grâce à lui, elle n'a jamais eu de souci." L'aimant reste dans la panse pendant des années. Il arrive souvent qu'on le retrouve à l'abattoir, entouré d'une boule de ferraille : l'accumulation de tous les déchets avalés par la vache pendant sa vie.  

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