Sur la pollution au chlordécone qui touche durablement les Antilles, "on ne peut rien attendre" de la visite d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron prend la parole lors du One Planet Summit à l\'hôtel Plaza en marge de l\'Assemblée générale des Nations Unies à New York, le 26 septembre 2018.
Emmanuel Macron prend la parole lors du One Planet Summit à l'hôtel Plaza en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York, le 26 septembre 2018. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Harry Durimel, président du Rassemblement écologiste et volontariste, souhaite, jeudi sur franceinfo, qu'il y ait la mise en place d'un plan de prévention, alors que les Antilles vont devoir vivre avec cette substance cancérogène pendant plusieurs siècles.

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À l'occasion de sa visite de quatre jours en Martinique, Emmanuel Macron doit aborder l'épineux dossier du chlordécone, jeudi 27 septembre. Harry Durimel, président du Rassemblement écologiste et volontariste, estime que ce ne sera qu'"un arrêt dans son cursus politico-médiatique de communication". 

Le chlordécone est un pesticide ultra-toxique classé cancérogène possible dès 1979 par l’Organisation mondiale de la santé. Pourtant, il a continué à être utilisé en France jusqu'à son interdiction en 1990 et aux Antilles, dans les bananeraies, jusqu'en 1993 grâce à des dérogations du ministère de l'Agriculture.

Ce perturbateur endocrinien a contaminé durablement les Antilles, car la molécule de cette substance cancérogène peut persister dans l'environnement jusqu'à 700 ans selon les sols. Face à cette situation, Harry Durimel "ne perd pas espoir, parce que la cause est juste", mais il n'attend "rien" de la visite du président de la République. Cet avocat, a porté plainte contre X en février 2006 alors qu'aucune mise en examen ni indemnisation n'a eu lieu depuis douze ans.

franceinfo : Où en est votre combat sur le chlordécone aux Antilles ?

Harry Durimel : C'est le combat du pot de terre contre le pot de fer. À chaque fois qu'on s'en prend à des notables, à chaque fois que c'est dans la sphère gouvernementale ou dans les hautes sphères, à chaque fois qu'on s'en prend au "premier de cordée", c'est toujours pénible de voir justice éclore. Cependant, on ne perd pas espoir parce que la cause est juste.

Aujourd'hui, il y a un plan d'action de l'État qui court jusqu'en 2020. Des sources d'eau ont été traitées ou fermées, des zones ont été interdites à la culture... Ce plan est-il suffisant ?

Le Conseil national du développement durable, une instance qui siège auprès du ministère de l'Environnement pour le conseiller, a reconnu l'insuffisance des différents plans chlordécone, orientés vers la communication, l'idée de rassurer les gens et de faire croire que tout baigne. (...) Les insuffisances de ce plan sont pointées du doigt. (...) Les mesures ne sont pas à la dimension de la catastrophe. Au quotidien, les agriculteurs travaillent sur des terres "chlordéconées", ramènent leurs bottes chez eux, consomment leur sandwich avec du chlordécone sur les doigts...

Qu'attendez-vous de la visite d'Emmanuel Macron ?

On ne peut rien en attendre, c'est juste un arrêt dans son cursus politico-médiatique de communication. Le président connaît déjà les problèmes. Il sait qu'en Guadeloupe, on a fixé un niveau de cloisonnement institutionnalisé qu'on appelle "LMR", la limite maximum de résidus, c'est-à-dire le taux de chlordécone qu'on nous autorise à manger chaque jour. Nous voulons que cette idée de LRM soit supprimée pour dire que tout ce qui contient du chlordécone n'est pas comestible. Nous voulons qu'il y ait des plans de prévention pour que les personnes qui envisagent d'avoir des enfants puissent être sevrées de chlordécone, puisqu'on en mange tous, tous les jours. Il faut les mettre à l'abri pour l'avenir.

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