Sécheresse : le niveau des pertes pour les agriculteurs "pourrait aller de 30 à 50%"

Un agriculteur dans son champ, le 23 juillet 2019 à Guigneville (Essonne).
Un agriculteur dans son champ, le 23 juillet 2019 à Guigneville (Essonne). (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

Soixante-dix-sept départements français sont concernés par des restrictions d'eau vendredi. En tout, 155 arrêtés ont été pris et sont en cours pour inciter ou obliger les professionnels et particuliers à économiser l'eau.

Les conséquences de la canicule continuent à se faire durement sentir, notamment pour les agriculteurs : le niveau des pertes "pourrait aller de 30 à 50%", a indiqué vendredi 26 juillet sur franceinfo, Baptiste Gatouillat, céréalier dans l’Aube (région Grand-Est) et vice-président des Jeunes agriculteurs en charge de la gestion des risques (canicules, inondations, etc). Soixante-dix-huit départements français sont concernés par des restrictions d'eau vendredi 26 juillet, selon le site gouvernemental Propluvia.

En tout, 158 arrêtés ont été pris et sont en cours pour inciter ou obliger les professionnels et particuliers à économiser l'eau. 30 départements sont en situation de "crise". Des mesures d'économie d'eau importantes pour les particuliers et professionnels y sont prises. "Les revenus vont forcément baisser pour les éleveurs qui vont être obligés d'acheter du foin pour maintenir un niveau de production, ils vont avoir des charges en plus", a-t-il précisé.

franceinfo : Est ce qu'il faut redouter des conséquences des fortes chaleurs et de la sécheresse sur les moissons ?

Baptiste Gatouillat : Oui, on les ressent déjà sur les moissons dans plusieurs départements. On a eu des incendies qui ont ravagé des récoltes, car le matériel chauffe, et le frottement du matériel sur la paille provoque des étincelles qui mettent le feu aux champs. Résultat : dans l'Oise, dans le Loiret, dans l'Aube, 700 hectares qui sont partis en fumée ces dernières semaines. Donc oui, il y a de vraies conséquences sur les récoltes et puis aussi un petit peu de pertes de production sur certaines cultures. Toutes les cultures qu'on va récolter à partir du mois de septembre vont souffrir du manque d'eau parce que les plants vont bien moins se développer. 

Quelles sont les cultures qui vont être le plus affectées par cette sécheresse ?

Ce sont surtout les maïs, dans des régions où l'on irrigue et où on a eu des restrictions, mais aussi les céréales et les betteraves. C'est une filière qui est déjà bien en crise et qui a déjà fait de mauvaises récoltes l'année dernière. Si les pluies du mois d'août ne sont pas assez conséquentes elle va encore faire une mauvaise récolte cette année. Enfin, toute la partie d'élevage est aussi touchée, avec les récoltes de foin où les premières coupes ont pu être faites mais les deuxièmes n'ont pas repoussé. Les éleveurs comptaient sur cette deuxième coupe pour essayer de refaire le stock qu'ils avaient perdu. Ils vont encore se retrouver avec des manques de fourrage pour alimenter le bétail.

Ça veut dire que vos amis éleveurs souffrent également beaucoup ?

Toute la profession agricole, que ce soient les céréaliers, éleveurs viticulteurs ou maraîchers, tous souffrent à cause de la sécheresse, soit parce qu'ils n'ont pas pu arroser avec les restrictions d'eau, ou parce qu'ils n'ont pas forcément d'irrigation. De vraies mesures de prévention doivent être prises dans les années qui viennent, des mesures que l'on réclame depuis trois ans, sur le stockage de l'eau, sur la prévention des aléas climatiques. Il est temps que l'on se mette vraiment au travail.

Les revenus vont forcément baisser. Pour les éleveurs, ils vont être obligés d'acheter du foin pour maintenir un niveau de production, et donc ils vont avoir des charges en plus. Leur revenu à la fin va diminuer. Sur les cultures, on va attendre d'avoir la synthèse des récoltes, mais ça ira pour certaines qui n'ont pas été trop touchées ou à des stades qui allaient bien. Il n'y aurait peut-être pas forcément beaucoup de pertes pour certains, mais pour d'autres ça pourrait aller de 30 à 50%. Donc oui ça serait peut être assez énorme.

Des aides du gouvernement sont-elles nécessaires ?

Ce que l'on veut, c'est pouvoir aussi prévenir tout risque. La gestion de l'eau est très importante, l'investissement dans la recherche et l'innovation sur des cultures moins consommatrices d'eau permettra de maintenir des revenus tout en préservant la ressource en eau et en passant les épisodes de sécheresse plus facilement.

Sans parler d'OGM, on a des techniques et la génétique qui peut nous aider à ce que les cultures de blé, de maïs s'adaptent mieux aux sécheresses. On a vraiment besoin de lever à la fois des verrous réglementaires et d'investissements dans la recherche et l'innovation. L'Etat doit être un moteur, le ministère de de l'agriculture et de la recherche doit être à nos côtés pour aller dans le bon sens. Ça permettra vraiment de résoudre des problèmes sur des exploitations.

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