Les supermarchés sont de plus en plus riches alors que les paysans ont de plus en plus faim, dénonce Oxfam

Des fruits sur un étal à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 19 août 2015.
Des fruits sur un étal à Marseille (Bouches-du-Rhône), le 19 août 2015. (DANIEL RIFFET / AFP)

Entre 1996 et 1998, les producteurs touchaient en moyenne 8,8% du prix final du panier. Ils n'en recevaient plus que 6,5% en 2015, révèle une étude publiée jeudi.

Le système alimentaire mondial présente des inégalités de plus en plus criantes. Agriculteurs et producteurs, en France et dans le reste du monde, gagnent toujours moins depuis vingt ans, alors que la grande distribution accumule les bénéfices, dénonce l'ONG Oxfam dans une étude internationale publiée jeudi 21 juin.

L'ONG dénonce les "pressions continues" subies par les producteurs pour "qu'ils réduisent leurs coûts" tout en répondant "à des exigences de qualité des plus rigoureuses". Selon un calcul de l'ONG, les huit premières chaînes de grandes surfaces du monde cotées en Bourse ont réalisé quelque 1 000 milliards de dollars de ventes en 2016 et près de 22 milliards de dollars de bénéfices. "Au lieu de réinvestir dans leurs fournisseurs, elles ont reversé la même année plus de 15 milliards de dollars de dividendes à leurs actionnaires", indique cette étude intitulée : "Derrière le code-barres, des inégalités à la chaîne".

La puissance d'achat de la distribution, qui fait baisser continuellement les prix, exacerbe le risque de violations des droits de l'homme et du droit du travail : précarisation sans limite, enfants exploités, harcèlement sont légion dans le secteur agricole et alimentaire, souligne Oxfam.

Contraints d'abandonner leurs terres

"Cette tendance a contribué au recul des prix payés aux paysans et producteurs qui désormais recouvrent à peine le coût de production", dénonce Oxfam. De plus en plus d'entre eux se voient contraints d'abandonner leurs terres ou d'accepter des travaux précaires dans de grandes plantations. Jusqu'au paradoxe le plus "cruel", régulièrement dénoncé par des organisations internationales comme la FAO ou les associations de commerce équitable : la faim chez les paysans et les travailleurs du secteur. Ceux-là mêmes qui produisent la nourriture.

Entre 1996 et 1998, les producteurs, qui touchaient en moyenne 8,8% du prix final du panier, n'en recevaient plus que 6,5% en 2015. Dans le même temps, la grande distribution voyait sa part gonfler à 48,3% du prix final contre 43,5% vingt ans plus tôt.

Pourtant, Oxfam estime qu'il est "tout à fait possible" que les "paysans et travailleurs gagnent un revenu minimum vital". "Il suffirait d'investissements minimes" pour favoriser un partage plus équitable de la valeur, selon l'étude, qui préconise notamment la fixation d'un prix minimum par les pouvoirs publics pour les produits agricoles de base.