Cette année, la production française de vin pourrait être la plus faible depuis 1945

Un vignoble frappé par une vague de gel à Chablis (Yonne), le 21 avril 2017.
Un vignoble frappé par une vague de gel à Chablis (Yonne), le 21 avril 2017. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

C'est la faute des intempéries : au printemps, une vague de gel a touché l'ensemble des bassins viticoles.

Mauvaise année pour les viticulteurs. Le ministère de l'Agriculture prévoit une baisse de 18% de la production française de vin en 2017, par rapport à l'année précédente, à cause des mauvaises conditions météorologiques; "La récolte de vin pourrait s'établir à 37,2 millions d'hectolitres", précise le service statistiques du ministère de l'Agriculture, l'Agreste, dans un communiqué, vendredi 25 août.

La France pourrait même réaliser sa plus petite récolte depuis 1945, selon le conseil spécialisé vin France AgriMer. "Je crains que malheureusement nous soyons en dessous des 37 millions d'hectolitres, estime son président, Jérôme Despey. Jusqu'à présent, la plus petite récolte d'après-guerre était de 41 millions d'hectolitres, en 1991".

Les tests du ministère ont été "réalisés début août, nous n'avions pas commencé la vendange", explique en effet Jérôme Despey. Or, "c'est lorsqu'on vendange qu'on se rend compte de la réalité de la récolte".

Gel et sécheresse ont touché les bassins viticoles

Cette baisse de production est due notamment "au gel sévère de printemps qui a touché, à un stade sensible de la vigne, tous les bassins viticoles, à des degrés divers", explique le ministère. Le Sud-Ouest – notamment le Bordelais –, les Charentes, l'Alsace et le Jura ont été les plus touchés. Certains vignobles ont pu compenser partiellement les pertes, comme le Val-de-Loire, mais d'autres ont subi de nouveaux déboires. En effet, la grêle a joué un vilain tour aux viticulteurs en Bourgogne-Beaujolais, dans le Sud-Ouest, dans le Languedoc et dans le Sud-Est.

Un vignoble détruit en partie par le gel, près de Saint-Emilion (Gironde), le 3 mai 2017.
Un vignoble détruit en partie par le gel, près de Saint-Emilion (Gironde), le 3 mai 2017. (NICOLAS TUCAT / AFP)

Autre phénomène aggravant, "la sécheresse s'est accentuée dans les vignobles du Sud-Est, de la Corse, du Languedoc et du Beaujolais". Associé à une canicule et du vent, notamment dans la vallée du Rhône, ce phénomène climatique "a conduit à réviser à la baisse l'estimation sur ces territoires ainsi que l'estimation nationale". A l'inverse, il a plu en Alsace, ce qui a permis de compenser le déficit en eau observé à la mi-juillet.

Des vendanges en avance de deux semaines

Autre conséquence de la canicule, les premières vendanges ont débuté en avance de 10 à 15 jours en zone méditerranéenne (Languedoc, Roussillon, Sud-Est et Corse). Le printemps et l'été chauds expliquent cette précocité qui concerne également les autres régions. Du fait de la bonne maturité du raisin et du bon état sanitaire, "2017 va se démarquer par l'aspect qualitatif, fort heureusement !", a toutefois assuré Jérôme Despey.

Il ne devrait pas y avoir de difficultés d'approvisionnement, car "les caves sont pleines de vins pas encore" vendus de l'année précédente. Le président du conseil spécialisé vin d'AgriMer espère que les prix du vin vont remonter pour compenser ces petites récoltes."Il doit y avoir un rattrapage des baisses de prix constatés les années antérieures. Nous serons très vigilants là-dessus, mais ces éléments ne compenseront pas la baisse de la production".

"Les vendanges sont plus précoces ces 20 à 30 dernières années", commente sur franceinfo Hervé Quénol, géographe-climatologue et directeur de CNRS. Selon lui, les vignerons vont devoir s'adapter progressivement, en adaptant leurs pratiques. "Si on arrive vraiment dans des conditions extrêmes, peut-être qu'en 2100 il y aura la nécessité de mettre en place des méthodes plus contraignantes comme un changement de cépages."

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