L'article à lire pour comprendre la crise des éleveurs

Des agriculteurs brûlent des pneus et de la paille lors du blocage de l\'autoroute entre Morlaix et Brest, le 22 juillet 2015.
Des agriculteurs brûlent des pneus et de la paille lors du blocage de l'autoroute entre Morlaix et Brest, le 22 juillet 2015. (FRED TANNEAU / AFP)

Alors que des blocages se poursuivent, jeudi, le gouvernement a présenté un plan d'urgence pour répondre à "l'angoisse des éleveurs". Vous n'avez pas suivi cette crise ? Francetv info vous explique tout.

"Cette angoisse des éleveurs, il faut l'entendre." Manuel Valls s'est montré solennel, mercredi 22 juillet, avant que le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, ne détaille le plan d'urgence du gouvernement pour répondre aux éleveurs en colère. Des mesures présentées alors que ces derniers manifestent et continuent de bloquer des routes un peu partout en France.

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Vous n'avez pas suivi cette crise qui mobilise le gouvernement, perturbe la route des vacances, et même le Tour de France ? Francetv info vous explique tout.

Pourquoi les éleveurs protestent-ils (encore) ?

"Le mot détresse résume la situation des agriculteurs depuis plus d'un an. C'est un secteur qui s'enfonce dans une crise dont on ne voit pas la fin", selon Dominique Barreau, le secrétaire général de la FNSEA, principal syndicat agricole.

Concrètement, depuis début juillet, les éleveurs protestent contre la faiblesse des prix. On constate, en effet, une nette chute des prix payés aux producteurs alors que ceux à la consommation ont augmenté, comme francetv info l'a montré dans cet article. Conséquence directe de ces prix bas payés aux producteurs, ces derniers ont des revenus en baisse et ils ne rentrent pas dans leurs frais. Par exemple, Frédéric Dupont, producteur de lait en Dordogne rencontré par France 2, travaille soixante-dix heures par semaine sans parvenir à se verser un salaire.

Autre donnée qui illustre cette "détresse" : "Près de 10% des exploitations d'élevage, soit entre 22 000 et 25 000, sont cet été au bord du dépôt de bilan", a expliqué Stéphane Le Foll au Parisien

Qui sont les manifestants ? 

Il s'agit de producteurs de viande bovine, d'éleveurs de porcs et de producteurs de lait. Les céréaliers ne font pas partie des manifestants. Dans la nuit du 2 au 3 juillet, lors de la "Nuit de la détresse" qui a lancé l'actuel mouvement de protestation, le président de la FNSEA, Xavier Beulin, a lancé : "Aujourd’hui, c’est le soir des éleveurs, pas des céréaliers !", rappelant que les céréaliers ont des revenus plus confortables que les éleveurs.

Pourquoi le mouvement est-il parti de Normandie ?

C'est un territoire dont l'économie est très liée à l'activité agricole : 15% du lait français est collecté et transformé dans des usines normandes. La région est également une terre d'élevage, qui accueille aussi des entreprises de découpe et d'abattage. Et si ce n'est pas l'un des territoires les plus producteurs de viande, il est victime des mêmes maux qui affectent l'ensemble du secteur. Le mouvement s'est ensuite étendu à la Bretagne voisine et au reste de la France. 

Que réclament les éleveurs ?

Ils veulent le respect de l'accord du 17 juin établi entre éleveurs, abattoirs, grossistes et grande distribution. Cet accord prévoyait notamment une augmentation des prix d'achat de la viande bovine et du porc aux éleveurs de 5 centimes par semaine, jusqu'à couvrir au moins leur prix de production. Pourtant, à peine 7 centimes ont été gagnés en un mois, a fait savoir Stéphane Le Foll.

Mais cet accord est vivement critiqué par Philippe Chalmin, le président de l'Observatoire des prix et des marges de l'agroalimentaire, qui le juge insuffisant. "Lorsqu'un abatteur va acheter une vache à un producteur, le destin de cette vache va être de terminer sur l'étal d'un boucher de supermarché, mais peut-être aussi en restauration ou à l'exportation. Donc, malheureusement, l'idée de l'accord signé début juin d'augmenter le prix dans la grande distribution était d'un simplisme désolant, et l'on voit bien que cela ne marche pas", a-t-il déclaré sur France Info.

Outre le respect de l'accord, les producteurs veulent une défense accrue de la viande produite en France et une baisse de l'importation de viande d'origine étrangère. De plus, ils réclament également un "plan massif" de désendettement pour les exploitants, comme l'avait expliqué Christiane Lambert, première vice-présidente de la FNSEA, sur France 3. En cumulé, l'endettement des exploitations françaises s'élève à environ un milliard d'euros.

Une minute : la crise est due à la grande distribution qui ne tient pas ses engagements ?

Ce n'est pas aussi simple. La mobilisation actuelle est en partie causée par le non-respect de l'accord du 17 juin. Mais les crises qui frappent les filières porcines, bovines et laitières sont plus vastes.

Toutes sont confrontées à de grandes difficultés, qui n'ont pas les mêmes origines : pour le lait, c'est "une crise mondiale liée au marché du beurre, de la poudre de lait, à la fin des quotas et à la contraction de grands marchés, Chine en tête", diagnostique le ministre de l'Agriculture dans Le Parisien. Pour le porc, c'est davantage un problème sur l'origine de la viande : "Il est nécessaire de valoriser la viande française et de contractualiser les accords commerciaux entre éleveurs, abatteurs et transformateurs", estime-t-il. Quant à la filière bovine, le problème est lié à un changement d'habitude des Français : ils consomment moins de viande de bœuf. "C'est un problème plus national."

A cela s'ajoute l'embargo russe qui prive les viandes européennes de débouchés. De nombreux politiques, de droite et d'extrême droite, estiment que ce dispositif mis en place par Moscou est en grande partie responsable de la crise à laquelle font face les exploitants. Peu probable selon L'Express. L'hebdomadaire rappelle que la Russie représentait 9,5% des ventes françaises à l'étranger en 2013. Une part trop faible pour expliquer la crise de la viande tricolore.

De son côté, le rapport sur le prix de la viande, remis mardi soir au gouvernement, note que toutes les entreprises ne jouent pas le jeu et que l'endettement est un frein à la compétitivité. Le document ne pointe du doigt aucune profession. Toutefois, il admet à demi-mot le rôle des intermédiaires industriels (abattoirs, usines de transformation) dans la crise. Leur tort, selon le médiateur : leur volonté de tirer les prix vers le bas.

Quelle est la réponse du gouvernement ?

L'exécutif s'efforce de se montrer mobilisé. Mercredi, Stéphane Le Foll a présenté un plan d'urgence avec "24 mesures sur six axes". On y trouve des réponses directes aux requêtes des exploitants : le redressement des prix de la filière, la restructuration de la dette des éleveurs en difficulté, l'allégement et le report des charges ou encore une aide pour la promotion à l'exportation.

Au total, le gouvernement a annoncé le déblocage de 600 millions d'euros, dont 100 millions d'annulations de charges et de cotisations et 500 millions de reports. La Banque publique d'investissement (BPI) pourra garantir jusqu'à 500 millions d'euros de crédits bancaires de trésorerie. La restructuration des dettes s'appuiera sur une prise en charge par l'Etat des charges financières des éleveurs les plus en difficulté dans le cadre du fonds d'allégement des charges, porté à 50 millions d'euros.

Comment réagit le monde agricole ?

Pas mal, mais peut mieux faire. C'est en substance ce qu'a déclaré Xavier Beulin, le président de la FNSEA, après la présentation du plan d'urgence. "Nous rappelons, nous, la priorité des priorités, les prix, et la capacité des éleveurs à retrouver des perspectives, avec cette question des contrats et autour d'une restructuration de l'endettement", a-t-il insisté.

Le dirigeant a également souligné que les exploitants attendaient des "mesures nouvelles", estimant "qu'on nous ressert quand même beaucoup de choses".

Mais tout n'est pas perdu. Xavier Beulin a déclaré que les annonces du gouvernement allaient "dans le bon sens".

Les blocages vont-ils durer ?

Les barrages des éleveurs sont levés près de Caen à l'appel de la FDSEA du Calvados, mais des actions se sont poursuivies un peu partout en France, mercredi après-midi, de la Bretagne à l'Aquitaine. Sans compter que de nouveaux barrages ont été être dressés mercredi soir près de Lyon (Rhône) et de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) par des éleveurs déçus par les annonces de l'exécutif.

J'ai eu la flemme de tout lire, je peux avoir un résumé :)

Les producteurs de viande bovine, de viande porcine et de lait font face à de grandes difficultés. Quelque 25 000 exploitations d'élevage sont au bord du dépôt de bilan.

Outre les crises globales propres à chaque filière, tous les manifestants protestent depuis début juillet pour faire respecter l'accord du 17 juin qu'ils ont établi avec les abattoirs, les grossistes et la grande distribution. Cet accord prévoyait notamment une augmentation des prix d'achat de la viande bovine et du porc aux éleveurs de 5 centimes par semaine. Pourtant, à peine 7 centimes ont été gagnés en un mois.

Face à une forte mobilisation agricole, le gouvernement a présenté un plan d'urgence. Les annonces n'ont pas totalement convaincu les syndicats. Si les barrages sont levés dans le Calvados, d'autres se maintiennent en Bretagne ou en Aquitaine, et d'autres encore devaient être érigés mercredi soir près de Lyon ou encore de Clermont-Ferrand. Le bras de fer n'est pas terminé.

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