"Ce n'est pas l''agribashing' qui pousse au suicide !" : des agriculteurs regrettent la mobilisation lancée par la FNSEA

Des agriculteurs protestent contre l\'\"agribashing\" dont ils s\'estiment victimes, mardi 22 octobre 2019 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône).
Des agriculteurs protestent contre l'"agribashing" dont ils s'estiment victimes, mardi 22 octobre 2019 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). (MAXPPP)

Le syndicat majoritaire dans la profession agricole a largement contribué à populariser le terme d'"agribashing", qu'il utilise pour désigner le dénigrement systématique dont le secteur serait victime, et qui proviendrait pêle-mêle des associations environnementales, des pouvoirs publics, voire d'une partie des consommateurs.

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"Macron, réponds-nous !" A l'appel de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs, de nombreux agriculteurs se sont regroupés, mardi 22 octobre, devant les préfectures des départements de France métropolitaine, afin de crier leur ras-le-bol de ce qu'ils appellent l'"agribashing". Le syndicat agricole majoritaire a largement contribué à populariser ce terme, qu'il utilise pour désigner le dénigrement systématique dont le secteur serait victime et qui serait le fait à la fois des associations environnementales, des pouvoirs publics et même d'une partie des consommateurs.

Ce constat est-il unaniment partagé par la profession ? Pour le savoir, franceinfo a interrogé plusieurs agriculteurs, rattachés à d'autres syndicats minoritaires. Lorsqu'on lui demande si l'"agribashing" lui semble être une réalité, Benard Lannes hésite quelques secondes. "Sur les marchés ou dans les allées du Salon de l'agriculture, clairement non. Mais quand on voit les attaques frontales de certains qui font commerce des peurs alimentaires sur les réseaux sociaux, clairement oui", ajoute le président de la Coordination rurale (qui a obtenu 21,54% des voix lors des dernières élections des chambres d'agriculture).

"Détourner l'attention"

Ce céréalier et éleveur de volailles du Gers, qui "assume être un agriculteur conventionnel et faire confiance aux scientifiques agréés" pour acheter engrais et pesticides, estime toutefois qu'envoyer des agriculteurs manifester devant des préfectures ne règlera pas ce problème. Qu'il juge de toute manière secondaire.

L''agribashing' cache la forêt. La priorité reste d'augmenter les revenus des agriculteurs et de les tirer du bourbier administratif dans lequel ils sont plongés.Bernard Lannes, céréalier et président de la Coordination ruraleà franceinfo

"Ce n'est pas l''agribashing' qui pousse au suicide des agriculteurs, c'est l'absence de revenus et de sens à ce que l'on fait !", abonde Emilie Jeannin, éleveuse de vaches charolaises allaitantes en Côte-d'Or, et syndiquée à la Confédération paysanne (20,04% des voix lors des dernières élections des chambres d'agriculture).

"Je n'ai aucun problème, ni avec mes voisins ni avec les consommateurs qui viennent directement à la ferme faire leurs achats", continue la trentenaire, pour qui ce dénigrement systématique mis en avant par la FNSEA permettrait surtout au syndicat majoritaire de "détourner l'attention""Evoquer l''agribashing' est un moyen commode de se poser en victime et d'éviter d'aborder des sujets à propos desquels la société s'interroge légitimement, comme la place des pesticides ou la qualité de l'alimentation", martèle-t-elle.

"Il convient plutôt de se remettre en question"

Charlotte Kerglonou-Mellier ne dit pas autre chose. Pour cette "paysanne" de 32 ans, qui élève une cinquantaine de vaches laitières en Ille-et-Vilaine, la notion d'"agribashing" est employée par "les défenseurs d'un certain mode de culture, assez productiviste et pas vraiment tourné vers la sauvegarde de l'environnement". Or, pour cette adhérente de la Confédération paysanne, c'est justement l'agriculture intensive qui "broie les paysans et fait que leurs fermes leur échappent".

Dans ma ferme, nous sommes deux pour gérer une cinquantaine d'animaux. On arrive donc à prendre le temps de les observer et de s'occuper d'eux. Ce qui nous rend plus à l'aise pour montrer notre travail aux consommateurs, et dissiper les éventuelles craintes.Charlotte Kerglonou-Mellier, éleveuse de vaches laitières en Ille-et-Vilaineà franceinfo

Lui aussi membre de la Confédération paysanne, Olivier Thouret estime pour sa part que "l''agribashing' existe, notamment de la part d'associations animalistes comme L214 qui, au nom du bien-être animal, veulent en fait en finir avec l'élevage". Mais cet éleveur bio de la Creuse reproche à la FNSEA de "tout mélanger" et d'utiliser ce terme "pour refuser le dialogue à propos des questions posées à l'agriculture par la société".

Et de prendre en exemples les récents arrêtés municipaux antipesticides qui ont provoqué la polémique. "Je ne pense pas que les consommateurs aient systématiquement raison, mais leur questionnement sur ce sujet est légitime. Plutôt que de refuser systématiquement le dialogue à ce sujet en dénonçant un 'bashing', il convient plutôt de se remettre en question", appuie-t-il, avant de plaider pour un accompagnement technique et financier pour aider les agriculteurs à renoncer aux herbicides chimiques. "La situation est alarmante : les revenus ne sont pas là, mais on doit malgré tout affronter la sécheresse et le changement climatique. C'est justement le bon moment pour interroger nos pratiques, et pas celui d'essayer de bouger le moins possible en invoquant ce dénigrement", conclut l'éleveur.

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