Ce qu'il faut savoir du "chat-renard" recensé en Corse et présenté comme une nouvelle espèce

Un chat-renard endormi avant d\'être relaché à Asco (Corse), le 12 juin 2019. 
Un chat-renard endormi avant d'être relaché à Asco (Corse), le 12 juin 2019.  (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

L'Office national de la chasse et de la faune sauvage a révélé l'existence de cet animal, pourtant bien connu par les bergers de l'île de Beauté. 

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Un poil gris aux reflets roux sur le ventre, des oreilles plus grandes que celles d'un chat domestique, une longue queue à anneaux... voici le "chat-renard""C'est une découverte extraordinaire", s'enthousiasme Pierre Benedetti, chef technicien de l'environnement à l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

De son nom corse, le "ghjattu-volpe" est une "nouvelle espèce de félins". C'est ce qu'annoncent en tous cas les chercheurs de l'ONCFS, responsables de l'étude consacrée à cette espèce en Corse et dévoilée vendredi 14 juin. Portrait-robot de cet animal. 

Il ressemble à un gros matou sauvage

S'il ressemble au premier coup d'œil à un félin domestique, le "chat-renard" a le poil soyeux, mesure 90 cm de la tête au bout de la queue, a des pavillons d'oreille "très larges", de courtes moustaches et des canines "très développées"

Animal extrêmement discret et aux mœurs nocturnes, il évolue dans les hauteurs montagneuses et fragmentées. La pose de colliers GPS a également montré que cette espèce se déplaçait loin, jusqu'à 2 500 mètres d'altitude. 

Il est connu depuis longtemps par les chasseurs

Plusieurs références au "chat-renard" ont émaillé l'histoire. Ce chat sauvage "existait dans la mythologie mais n'avait été décrit que de façon très sommaire". Il figure aussi "dans la bibliographie des préfets du XVIIIe siècle, où il apparaît comme une bête fauve", souligne le chercheur Pierre Benedetti.

Dans le nord-ouest de la Corse, le "chat-renard" s'est surtout fait connaître pour les dégâts qu'il créait dans les troupeaux. Les bergers "racontaient que ces chats forestiers s'attaquaient aux mamelles de leurs brebis et chèvres. C'est à partir de ces récits, transmis de génération en génération, qu'on a commencé nos recherches", renchérit Carlu-Antone Cecchini, chargé de mission chat forestier à l'Office national.

"Pour nous, l'histoire commence en 2008 par la capture inopinée d'un chat dans un poulailler d'Olcani, dans le Cap Corse", raconte Pierre Benedetti. Cette capture lance l'ONCFS à la recherche du "chat-renard". "C'était un mythe et aujourd'hui c'est une réalité", se satisfait son collègue, Carlu-Antone Cecchini. "Au début, on nous prenait pour des fous mais aujourd'hui, quand on montre ce qu'on a comme données, les gens restent bouche bée", ajoute le chercheur auprès de l'AFP.  

Il a été étudié à partir de 2008

A la suite de cette attaque, un programme de recherche a été lancé en 2008 par l'ONCFS. Des pièges infrarouges nocturnes ont été mises en place. Quatre ans plus tard, des poils récupérés dans ces pièges ont permis d'établir le génome du "chat-renard". Son ADN le distingue clairement du chat sauvage continental. 

Depuis dix ans, les experts de l'ONCFS sont parvenus à identifier 16 "chats-renards", dont une femelle, dans les hauteurs montagneuses de la vallée d'Asco (Haute-Corse). Douze ont été capturés avant d'être relâchés, à la suite d'un bref examen. L'un d'entre eux a été capturé plusieurs fois puis équipé d'une puce avec un numéro d'identification, ce qui a permis d'étudier ses déplacements. 

Il n'est pas encore officiellement considéré comme une nouvelle espèce 

Aucune preuve de son existence n'avait été apportée avant cette étude. Mais cela suffit-il à le définir comme une nouvelle espèce ? "Oui et non", de l'aveu de Pierre Benedetti, interrogé par franceinfo. 

Le "chat-renard" n'apparaît pour l'heure dans aucune nomenclature officielle mais les chercheurs de l'ONCFS espèrent maintenant que cette espèce soit reconnue et protégée. Selon Futura Planète, 10 nouvelles espèces sont choisies chaque année par le jury de scientifiques de l'International Institute for Species Exploration (IISE), parmi les 18 000 découvertes. Dans ce même registre, 20 000 espèces disparaissent chaque année.

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