Accord UE-Mercosur : "On se retrouve avec une concurrence déloyale", dénonce un vice-président des Jeunes agriculteurs

Manifestation des agriculteurs contre l\'accord Union européenne-Mercosur, à Dijon (Côte d\'Or) en février 2018.
Manifestation des agriculteurs contre l'accord Union européenne-Mercosur, à Dijon (Côte d'Or) en février 2018. (JC TARDIVON / MAXPPP)

Baptiste Gatouillat, vice-président des Jeunes agriculteurs en charge des questions d’environnement, s'inquiète après la conclusion d'un accord commercial entre l'UE et le Mercosur vendredi 28 juin.

La conclusion vendredi 28 juin d'un accord commercial entre l'UE et le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay), doit permettre d'accroître les échanges entre ces deux régions du monde. Ce vaste traité de libre-échange devrait toucher près de 770 millions de consommateurs. Les quatre pays latino-américains devraient pouvoir exporter vers l'UE, entre autres, quelque 99 000 tonnes de viande bovine sans droit de douane.

Emmanuel Macron, le président de la République, a salué cet accord. Mais les agriculteurs européens et les écologistes le jugent inacceptable. Baptiste Gatouillat, vice-président des Jeunes agriculteurs en charge des questions d’environnement, invité de franceinfo samedi 29 juin, dénonce "une concurrence déloyale" avec les produits d'Amérique du sud.


franceinfo : Êtes-vous aussi enthousiaste qu'Emmanuel Macron après la signature de cet accord ?

J'aurais du mal à être aussi optimiste que le président de la République. On craint toute cette concurrence déloyale. On avait demandé à ce qu'il y ait des garanties en termes de normes environnementales. On les a. Mais on a aussi tout ce qui est normes sociales, fiscales qui ne sont pas les mêmes en Amérique latine. Déjà à l'intérieur de l'Europe on a du mal à harmoniser. Là, on se retrouve avec une concurrence encore plus déloyale qui sera en capacité, avec un coût de main-d'œuvre bien moindre et avec une fiscalité avantageuse, d'arriver avec des produits au même prix que les nôtres. À titre d'exemple, de l'éthanol ou du sucre qui pourraient être importés, si demain la France interdit le glyphosate, il faut aussi que ce soit interdit au Brésil. On sait qu'il ne sera pas interdit au Brésil et qu'il est utilisé en quantité douze fois plus grande pour la même surface qu'en France. Il y a une vraie distorsion de concurrence environnementale et sociale. Ce n'est pas un accord qu'on peut accepter dans le monde agricole.

Emmanuel Macron a pourtant promis des garde-fous...

Nous, nous aurions préféré mettre en place ces garde-fous avant, et après appliquer un accord d'échange. Là, on va faire entrer les produits et on verra si on a le suivi derrière, quand on aura déstructuré complétement nos filières. Nous voulons aussi une agriculture locale respectueuse de l'environnement. Quand cela va venir d'Amérique du Sud, je ne suis pas certain que le bilan carbone sera très bon. On est dans un marché agricole qui est en crise. On a déjà du mal à exporter nos productions ou les faire consommer sur le marché intérieur, et là on va introduire de nouvelles matières. On ne comprend pas le sens de cet accord commercial. On a échangé des voitures contre l'agriculture. On préfère sacrifier un pan de l'économie

Cet accord n'est pas, tout de même, une opportunité à saisir ?

Comme l'a dit Emmanuel Macron, cet accord reconnaît les labels [IGP, AOC]. Mais ce sont des marchés que nous arrivons déjà à conquérir, nous sommes assez bons là-dessus. Nous n'avons pas besoin de quotas supplémentaires parce que les gens sont déjà en demande. Eux [les pays du Mercosur] vont nous apporter quelque chose qui n'est pas standardisé. Même s'il nous a promis des garde-fous, on a du mal à croire aux promesses du président, à moins qu'il trouve sous les sabots d'un cheval l'ensemble des contrôleurs pour contrôler chaque kilo de viande qui va entrer sur le territoire européen.

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