La conférence sociale, vitrine du dialogue prôné par Hollande

François Hollande lors de la première conférence sociale, le 9 juillet 2012, à Paris.
François Hollande lors de la première conférence sociale, le 9 juillet 2012, à Paris. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Le chef de l'Etat rassemble syndicats et patronat à la deuxième conférence sociale du quinquennat. Dans un climat plus tendu que l'an dernier.

Un an après une première édition plutôt réussie, le gouvernement remet le couvert. François Hollande ouvre, jeudi 20 juin, la deuxième "conférence sociale" de son quinquennat. Deux jours de discours, de débats et de tables rondes érigés en symbole de la méthode Hollande : concerter, voire négocier, avant de décider. Ce deuxième grand raout, qui portera notamment sur la formation professionnelle et l'épineuse question des retraites, devrait toutefois se dérouler dans un climat plus tendu.

La concertation, une méthode saluée par les syndicats

Le 9 juillet 2012, en ouvrant la première conférence sociale, François Hollande proposait aux partenaires sociaux "une méthode fondée sur trois principes" : "aborder l'ensemble des sujets, sans exclusive", "fixer un agenda cohérent et partagé permettant d’avancer en commun" et "s'inscrire dans la durée".

Un an plus tard, les syndicats se montrent plutôt satisfaits de cette méthode de dialogue. "Globalement, le contrat a été respecté. La conférence de l'an dernier a permis d'aboutir à l'accord historique sur l'emploi quelques mois plus tard. Sous Nicolas Sarkozy, les sommets sociaux se succédaient mais n'étaient qu'une suite d'effets d'annonce", estime-t-on à la CFDT.

"Discuter avec les autres organisations syndicales, envisager des négociations, oui, cela peut être une bonne méthode. Nicolas Sarkozy avait affiché un grand mépris des partenaires sociaux. Là, il y a la volonté d'instaurer un dialogue", reconnaît Eric Aubin, de la CGT. Le satisfecit s'arrête là pour ce syndicat. Car si la forme est louable, "encore faut-il se mettre d'accord sur les objectifs et les contenus".

Une conférence qui s'annonce tendue

Finie la relative euphorie post-victoire électorale qui pouvait encore prévaloir en juillet 2012. Un an après son arrivée au pouvoir, le gouvernement est cerné par les mauvaises nouvelles économiques. Chômage record, croissance nulle, déficits qui se creusent… tous les voyants sont au rouge.

Lors de cette conférence sociale, la CFDT pourrait demander au gouvernement un plan d'urgence pour l'emploi allant au-delà de la "boîte à outils" (emplois d'avenir, contrats de génération, etc.) déjà mise en place. Problème : selon le calendrier des travaux, le thème de l'emploi sera abordé sous le seul aspect de la formation professionnelle.

Autre dossier potentiellement explosif : la réforme des retraites, objet d'une table ronde présidée par la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine. La CGT et Force ouvrière brandissent déjà la menace d'une mobilisation. "Sur ce dossier, il y a un vrai problème de calendrier. La concertation a été programmée en plein été, ce qui ne permettra pas un vrai débat public", s'insurge Eric Aubin.

A l'inverse, la question des salaires et du pouvoir d'achat ne fait pas partie de l'ordre du jour, là aussi au grand dam de la CGT. De quoi relativiser les bonnes intentions de François Hollande, qui promettait il y a un an d'aborder "l'ensemble des sujets".

Une méthode vraiment nouvelle ?

En lançant la première conférence sociale, l'an dernier, François Hollande évoquait "une démarche nouvelle". Et pour mieux promouvoir son action, le chef de l'Etat notait que la France n'avait "jamais développé une vraie culture de la négociation sociale".

Une conférence sociale peut-elle vraiment influencer le cours des choses ? L'accord "historique" sur l'emploi aurait-il été adopté sans la concertation préalablement menée ? "La conférence sociale ne peut se suffire à elle-même, mais crée des conditions favorables à la conclusion d'accords entre les partenaires sociaux", estime Henri Rouilleault, auteur de Où va la démocratie sociale ? (Editions de l'Atelier, 2010).

"La volonté d'accorder une place plus forte aux partenaires sociaux a toutefois préexisté à François Hollande", souligne Henri Rouilleault. En janvier 2007, la loi Larcher (du nom du ministre du Travail de l'époque) a ainsi introduit l'obligation pour le gouvernement d'ouvrir une concertation avec les partenaires sociaux avant tout projet de loi modifiant certains chapitres du Code du travail, rappelle-t-il.

Donner aux partenaires sociaux plus de légitimité et de responsabilités : au début de son quinquennat, Nicolas Sarkozy a suivi cette direction, en modifiant les règles de représentativité syndicale, approuvées aussi bien par le Medef que la CGT. Un tour de force. Mais la suite de son mandat actera un divorce entre Nicolas Sarkozy et la démocratie sociale. Jusqu'à la campagne de 2012, lors de laquelle le président-candidat avait vivement brocardé les "corps intermédiaires".

A l'inverse, François Hollande, dans son projet présidentiel, promettait d'inscrire la démocratie sociale et les principes de la loi Larcher dans la Constitution. Le projet de loi constitutionnelle a été écrit par le gouvernement. Au Parlement, désormais, de l'adopter.

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