VRAI OU FAKE Les taxes de l'État représentent-elles les trois quarts des salaires des Français, comme l'affirme une publication virale sur Facebook ?

Capture écran du post sur Facebook. 
Capture écran du post sur Facebook.  (CAPTURE ECRAN FACEBOOK)

Un texte circulant sur les réseaux sociaux affirme que les trois quarts du salaire des Français seraient prélevés par l'État. Une estimation très haute et exagérée qui ne correspond pas à la réalité. 

Vous avez peut-être vu passer ce texte repris et partagé sur plusieurs groupes Facebook. Dans cet écrit, "un chef d'entreprise" liste les taxes que les Français devraient payer, ainsi que leur montant. S'appuyant sur un calcul imprécis, ce patron affirme donc que lorsqu'il verse 150 euros à un salarié, ce dernier n'en perçoit que 39 de manière effective, le reste allant directement dans les poches de l'État. Ce raisonnement est très approximatif et méconnaît ce qu'est l'imposition en France. La Cellule Vrai du Faux vous explique pourquoi. 

Les cotisations salariales et patronales ne sont pas fixes

La première erreur dans ce raisonnement est d'associer une valeur fixe à des prélèvements obligatoires. Au début de son exemple, ce patron explique que sur 150 euros versés au salarié, un tiers revient directement à l'État sous forme de charges patronales. Bien que ce soit tout à fait possible, ce n'est pas nécessairement le cas. Ces cotisations sont très variables et dépendent de beaucoup de facteurs, comme la taille de l'entreprise et le salaire de l'employé.

Aussi, les taux des cotisations patronales ont été grandement réduits en 2016, puis sous le mandat d'Emmanuel Macron. Ces baisses portent notamment sur les bas salaires n'excédant pas 1,6 Smic, soit environ 1 950 euros net. En octobre 2019, la réduction des charges patronales pour un employé au Smic était de 450 euros, soit environ 30% de son salaire brut. Bien que cette diminution soit dépendante de beaucoup de facteurs, on s'éloigne du prélèvement unique présenté dans le texte. Un simulateur pour calculer les réductions des cotisations patronales est disponible sur le site de l'Urssaf.

On retrouve aussi cette variabilité dans les taux des charges salariales. De nouveau, en fonction du salaire de l'employé, de son statut, de la taille de l'entreprise, entre autres, celles-ci fluctuent. Elle se situe néanmoins autour de 22% pour la majorité des employés du privé. Donc les 100 euros bruts de l'exemple devraient plus s'approcher de 78 euros net d'impôts plutôt que des 70 euros présentés avec exagération dans le texte.

Impôt sur le revenu et TVA très exagérés

Autre erreur avec l'imposition sur le revenu qui est estimée "à environ 30%". D'abord, cet impôt prend en compte la situation familiale du salarié. Ensuite, il suit un barème à tranches qui progresse en fonction des revenus de la personne. Pour faire simple, le salaire est progressivement taxé, plus il augmente, plus l'imposition augmente. Seules les parties du salaire annuel net au-dessus de 27 794 euros sont taxées à 30% et plus. Il semble donc très peu probable qu'un salarié doive y laisser un tiers de son salaire. Finalement, un système de décote existe sur cet impôt pour les salaires les plus faibles et des réductions sont possibles.

De plus, ce texte simplifie grandement la taxe sur la consommation lorsqu'il explique que le salarié qui ira "dépenser sera soumis à la TVA à 20%". Une affirmation exagérée et incomplète puisque, même si le prélèvement de 20% existe, beaucoup de produits et de services sont énormément moins taxés, avec trois taux inférieurs : 10%, 5,5% et 2,1%. 

Parmi eux, on retrouve notamment les produits de première nécessité dont une grande partie de l'énergétique ou des produits alimentaires, taxés à 5,5%, ou encore les médicaments remboursés par la Sécurité sociale, à 2,1%. D'autres biens importants, notamment l'accès à certains espaces culturels, musées, expositions sont soumis à un taux de 10%. Considérer alors qu'un cinquième d'un salaire passe dans la TVA est une erreur.

En conclusion du texte, l'auteur explique que ces différentes taxes ont "tué notre industrie et nos emplois". Des propos vindicatifs qui doivent être remis en perspective. Si l'État prélève beaucoup d'argent, il revient aux Français sous bien des formes : en venant en aide aux foyers les plus pauvres, en finançant la majeure partie des soins et de l'éducation, ou encore en aidant des entreprises, comme c'est le cas avec Renault aujourd'hui. 

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