Le plein-emploi en 2025, "ça va être compliqué", selon un économiste de l'OFCE

L\'économiste Eric Heyer, le 27 septembre 2013.
L'économiste Eric Heyer, le 27 septembre 2013. (LP / PHILIPPE DE POULPIQUET / MAXPPP)

Eric Heyer était l'invité de franceinfo vendredi.

Au cours de sa conférence de presse jeudi 25 avril, Emmanuel Macron a évoqué un objectif de plein-emploi à l'horizon 2025. Jusqu'ici, l'objectif était fixé à 7% d'ici 2022. "Ça va être compliqué", a expliqué vendredi sur franceinfo l'économiste Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques). Il explique que, non seulement leurs prévisions à 7% n'étaient pas "pessimistes", mais que si on rallonge en plus la durée de cotisation pour la retraite à taux plein, le maintien des seniors sur le marché du travail va compliquer l'embauche des nouveaux arrivants.

franceinfo : Le retour au plein emploi à l'horizon 2025 est-il un objectif réaliste ?

Eric Heyer : Ça va être compliqué à cet horizon-là puisqu'aujourd'hui nos prévisions à l'horizon 2022, ce serait plutôt un taux de chômage qui devrait se situer aux alentours de 8,2%, 8,3% donc déjà éloignées du 7% qui était initialement prévu et du plein-emploi qui est un taux de chômage qui tourne autour de 4,5%, 5%. Mais rien n'est impossible. Il y a encore le temps pour y arriver, mais on prend du retard en tous cas. On est très loin parce qu'on considère que la conjoncture aujourd'hui va certes permettre de créer des emplois, mais pas à un rythme suffisant pour baisser aussi rapidement le chômage. Et dans nos prévisions, on n'indique pas non plus de crise économique ou de franc ralentissement. Ce sont des prévisions qui ne sont pas non plus très pessimistes, donc c'est ça qui rend l'objectif assez difficile à atteindre.

Les chiffres du 1er trimestre du chômage sont plutôt encourageants (baisse de 0,7%), non ?

On est sur une tendance à la baisse, mais une tendance qui est extrêmement faible. Globalement, on perd 0,1 point de chômage tous les semestres. On crée aujourd'hui sufffisamment d'emplois pour faire baisser le chômage, mais il faut qu'on crée beaucoup d'emplois en France pour faire baisser le chômage parce qu'on a une population active dynamique. On a plus de jeunes qui arrivent sur le marché du travail que de seniors qui partent en retraite. Et d'ailleurs, lorsqu'on va rallonger l'âge de départ à la retraite - en tous cas si on augmente la durée de cotisation pour avoir un taux plein - ça va rendre encore plus compliquée la cible de 7% de chômage à l'horizon 2022.

Dans les annonces faites par le chef de l'État, y a-t-il des mesures qui peuvent avoir un effet sur le taux de chômage en France ?

À court terme, on peut voir un effet positif qui est le soutien du pouvoir d'achat. Il y a eu les 10 milliards du 10 décembre et là, il y a à peu près le même montant qui est mis en place si on additionne toutes les mesures. Donc à court terme, il y aura un peu plus d'activité, donc un peu plus de créations d'emploi. En revanche, dans les mesures plus structurelles, ça va un peu dans l'autre sens : c'est-à-dire que la réforme des retraites, si vous voulez rallonger la durée de travail, ça va avoir une incidence sur la population active. On va retenir les seniors sur le marché du travail et donc il va falloir créer encore plus d'emplois pour atteindre les objectifs.

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