"Inefficace", "injuste", "saugrenue"... La réforme de l'assurance-chômage fait réagir le monde syndical et politique

La ministre du Travail Muriel Pénicaud et le Premier ministre Edouard Philippe présentent la réforme de l\'assurance-chômage, le 18 juin 2019 à Paris. 
La ministre du Travail Muriel Pénicaud et le Premier ministre Edouard Philippe présentent la réforme de l'assurance-chômage, le 18 juin 2019 à Paris.  (LUCAS BARIOULET / AFP)

Les syndicats ont notamment fait part de leur "colère" après l'annonce de cette vaste réforme, mardi. 

Le gouvernement a présenté, mardi 18 juin, une vaste réforme de l'assurance-chômage durcissant les règles d'indemnisation, renforçant l'accompagnement des chômeurs et frappant au portefeuille les entreprises abusant des contrats courts. Les syndicats, le patronat et les parlementaires ont immédiatement réagi et ont pour certains vigoureusement dénoncé ces nouvelles mesures. 

Les syndicats "en colère"

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a qualifié ces mesures, à sa sortie de Matignon, de "profondément injustes" et d'"extrêmement dures" pour les personnes précaires qui alternent des périodes d'emploi et de chômage. La réforme, par ailleurs, ne "responsabilise qu'en partie" les entreprises "qui usent et abusent de la précarité", selon lui. La CFDT est "profondément en colère", a-t-il dit.

Catherine Perret (CGT) a jugé la réforme à la fois "inique" et "inefficace". "Il y a un chômeur sur deux qui est indemnisé. Avec la réforme du gouvernement, c'est un sur trois", a-t-elle calculé, promettant : "Les mobilisations vont se poursuivre". 

Dans un communiqué, Yves Veyrier (FO) "conteste l'ensemble de ces mesures et le raisonnement consistant à faire le procès des salariés précaires qui seraient responsables de leur situation". De son côté, François Hommeril (CFE-CGC) s'est élevé contre la dégressivité au bout de six mois pour les salaires supérieurs à 4 500 euros, parlant d'un "jour funeste".

Le patronat tique sur le bonus-malus

Côté patronal, c'est le bonus-malus sur les contrats courts qui, depuis le début, fait grincer des dents. Le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a ainsi regretté la mise en place du bonus-malus sur les contrats courts, une mesure "inefficace qui découragera l'emploi" et traduit une "vision punitive" de l'économie, un avis partagé par la CPME.

"Sans nier qu'il y a dans certains cas des abus, la réalité, c'est que soit ce sera inefficace, soit au pire ça découragera l'emploi", a-t-il dit à sa sortie de Matignon. 

C'est une vision punitive de l'économie qui aura très très peu d'effet.Geoffroy Roux de Bézieuxà la presse

Geoffroy Roux de Bézieux a néanmoins salué "le renforcement de Pôle emploi", avec 1 000 conseillers supplémentaires annoncés par le gouvernement. Globalement, il a jugé que le "volet indemnisation" de la réforme allait "dans le bon sens".

Son homologue de la Confédération des PME (CPME), François Asselin, a lui aussi qualifié d'"idée saugrenue" la décision de mettre en place le bonus-malus, une mesure qui "ne répondra pas à l'inflation des contrats courts", selon lui. "Un employeur va réfléchir à deux fois" avant d'embaucher, a-t-il assuré.

Les députés de gauche dénoncent une réforme "de petit comptable"

Ils sont unanimes. Les députés PS, PCF et LFI ont critiqué à l'unisson les mesures réformant l'assurance-chômage dévoilées par le gouvernement, y voyant un "mauvais coup" et une réforme de "petit comptable" qui "rabougrit" le droit à l'indemnisation. Le porte-parole des députés PS Boris Vallaud a ainsi critiqué une réforme qui pour la première fois "depuis plus de quarante ans" se fera sans eux, y voyant "une mauvaise manière faite à la démocratie sociale", alors que l'acte II du quinquennat devait se traduire par un changement de méthode.

Déplorant lui aussi l'absence d'accord avec les partenaires sociaux, Sébastien Jumel, porte-parole des députés PCF, a dénoncé une réforme avec laquelle "on rabougrit, on rétrécit le droit d'accès à l'indemnisation" avec pour "seul objectif" de faire des économies "sur le dos des chômeurs"Pour l'"Insoumis" Eric Coquerel, la "nouvelle méthode" annoncée par l'exécutif pour l'acte II du quinquennat, "c'est de faire payer le chômage aux chômeurs", "un mauvais coup de plus".

Pour le groupe UDI et Indépendants, Olivier Becht a jugé pour sa part "incontestable" qu'il faille "remettre le système sur la table". Bertrand Pancher (Libertés et Territoires) a estimé que le bonus-malus sur les contrats courts était une "bonne idée", tout en plaidant en matière d'indemnisation pour ne pas donner "le sentiment de taper en permanence sur les chômeurs".

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