Chômage en léger recul : "Cette croissance restera atone" sans augmentation du pouvoir d'achat, selon FO

Michel Beaugas, le 16 juin 2016 à Paris.
Michel Beaugas, le 16 juin 2016 à Paris. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Michel Beaugas, secrétaire confédéral du syndicat Force ouvrière était l'invité de franceinfo vendredi.

Alors que le chômage a reculé de 0,7% au premier trimestre en France, soit 25 000 chômeurs sans aucune activité de moins, Michel Beaugas, secrétaire confédéral du syndicat Force ouvrière, chargé de l'emploi, estime que cette embellie ne peut se poursuivre sans un geste du gouvernement. "Tant que le gouvernement ne fera pas monter le pouvoir d'achat des Français, a-t-il réagi sur franceinfo vendredi 26 avril, cette croissance restera atone."

franceinfo : Comment expliquez-vous ce léger mieux ?

Michel Beaugas : Il est de tradition de dire que, au-dessus d'un point et demi de croissance, on recrée de l'emploi. Alors, effectivement, la croissance repart un peu, elle provoque ce petit rebond de l'emploi actuellement. Mais, comme on le sait, en France, la croissance est basée sur l'augmentation du pouvoir d'achat des ménages, puisque c'est leur consommation qui fait qu'il y a des points de croissance. Mais tant que le gouvernement ne fera pas monter le pouvoir d'achat des Français, cette croissance restera atone.

Emmanuel Macron a affirmé, jeudi soir, que le plein-emploi en 2025 était un "à notre portée". Que pensez-vous de cet objectif ?

Tout dépend de ce que l'on appelle le plein-emploi. Le plein-emploi, ça n'existe pas. Il y a toujours, de toute façon, du chômage structurel. Et si le plein-emploi, pour le chef de l'État, ce sont les fameux 7% de demandeurs d'emploi qu'il doit y avoir à la fin du quinquennat, ce n'est pas le plein-emploi. Les économistes s'accordent pour voir un début de plein-emploi à un chômage à hauteur de 5%. Vous voyez, on est loin du compte malgré tout, y compris sur la fin du quinquennat. Le plein-emploi, on l'espère tous, et après, reste à savoir ce que c'est que le plein-emploi : est-ce que ce sont des emplois de bonne qualité, des emplois à temps plein, ou est-ce que c'est la précarité grandissante, c’est-à-dire un l'emploi précaire avec des petits boulots ? Je rappelle quand même que le nombre d'embauches se fait en CDD à 85% aujourd'hui.

C'est votre crainte pour l'avenir, qu'on ait de plus en plus de personnes qu'on ne considère plus comme chômeur mais qui travaillent quelques heures par semaine ?

C'est bien notre inquiétude : c'est que, avec l'ubérisation, ce ne sont plus des travailleurs au sens salariés, mais des travailleurs dits indépendants, mais qui, à côté de ça, sont très dépendants économiquement de leurs donneurs d'ordre, sous un lien de subordination manifeste. Ce sont des salariés et ce seront les salariés pauvres, malheureusement. Et ce n'est pas en fabriquant des salariés pauvres qu'on arrivera demain à générer de la croissance et donc à créer de l'emploi.

Est-ce que cela correspond à ce qui se passe au Royaume-Uni, aux États-Unis, des pays qui se revendiquent parfois du plein-emploi ?

Oui. Il y a un autre exemple, c'est celui de l'Allemagne : avec les mini-jobs, vous avez trois, quatre, cinq jobs pour pouvoir vivre dignement de [votre] travail. C'est ça l'avenir. Avoir ces mini-jobs en permanence, nous, à Force ouvrière, on ne s'en satisfait pas.

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