Assurance-chômage : "Baisser les allocations parce que cela n’incite pas à chercher du travail, c'est un pur mensonge"

Denis Gravouil le le 20 fevrier 2019 lors des négociations sur la convention d\'assurance chômage. 
Denis Gravouil le le 20 fevrier 2019 lors des négociations sur la convention d'assurance chômage.  (ALEXIS SCIARD / MAXPPP)

Denis Gravouil, négociateur pour la CGT, estime que de baisser les indemnisations des cadres serait un "nivellement par le bas".

Après l'échec des négociations sur l'assurance-chômage, le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé une "concertation" afin de présenter la réforme de l’assurance-chômage "au printemps". Lutter contre le recours abusif aux contrats courts et baisser l'indemnisation pour les salaires les plus élevés sont les deux objectifs principaux de cette réforme. Invité de franceinfo mardi 26 février, Denis Gravouil, négociateur pour la CGT, dénonce un "pur mensonge" lorsqu’il entend qu’il faut "baisser les allocations parce que cela n’incite pas à chercher du travail".

franceinfo : Êtes-vous inquiet que le gouvernement reprenne la main sur les négociations ?

Denis Gravouil : Nous sommes surtout inquiets que le gouvernement applique des économies telles qu'il les a prévues dans la lettre de recadrage du 25 septembre 2018 (...) Lorsque j'entends qu'il faut baisser les allocations parce que cela n’incite pas à chercher du travail, c'est un pur mensonge. On fait du nivellement par le bas, et pas seulement pour les cadres. Toutes les personnes qui cherchent à avoir un travail cherchent à avoir un CDI. Cet argument est là pour justifier des baisses de droits pour les plus pauvres. La très grande majorité des chômeurs qui touchent des allocations ont des revenus de l'ordre de 1 000 euros par mois.On est aussi contre la dégressivité pour les cadres, pour au moins une raison : si on commence à baisser leurs allocations, on va le faire pour tout le monde très rapidement. Il y a d'autres solutions à trouver pour augmenter les recettes, comme déplafonner les cotisations des cadres. C'est-à-dire faire payer des cotisations aux 130 000 cadres qui gagnent plus de 13 500 euros par mois.

La ministre du Travail assure que la France est championne sur l'indemnisation des cadres, qu'en dites-vous ?

Elle prend toujours l’exemple d'un seul pays. On peut toujours trouver un exemple : au Danemark, il y a une indemnisation moins élevée des cadres mais on les amène à retrouver du travail beaucoup plus rapidement. En Allemagne, l'indemnisation est plus élevée pour les cadres. On fait un coup de communication, de démagogie pour imposer la dégressivité sur les cadres pour ensuite l'imposer à tout le monde. Imposer cette dégressivité sur les indemnisations des cadres ne rapporterait presque rien : 100 millions d'euros. Alors que si on déplafonne les cotisations, on mettra à contribution les très hauts cadres et on rapportera 800 millions d'euros à l'assurance-chômage.

Qu’est-ce que le bonus-malus ?

Tous les syndicats ont proposé un système de modulation des cotisations sur les contrats courts (...) La CGT propose que ce soit les très grosses boîtes du CAC 40, représentées par le Medef, qui paient les cotisations. Elles organisent le travail et ont fait énormément de profits en 2018. 57 milliards de dividendes versées alors qu'à titre de comparaison, 37 milliards d'allocations ont été versées aux chômeurs. Le bonus-malus prévu par le gouvernement ne va pas marcher. Nos propositions telles qu'elles sont faites sont opérationnelles, et nous avons bien l'intention de les faire appliquer. Il n'est pas question d'accepter des baisses de droits sur les allocations de chômeurs.

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