"Nos problèmes, on ne doit pas les montrer au boulot" : à Nanterre, les policiers alertent sur les suicides dans la profession

Les policiers protestent, comme ici le 19 avril 2019 à Meudon (Hauts-de-Seine), alors qu\'une vague de suicides touche leur profession.
Les policiers protestent, comme ici le 19 avril 2019 à Meudon (Hauts-de-Seine), alors qu'une vague de suicides touche leur profession. (ALLIANCE POLICE NATIONALE)

Depuis janvier, 28 policiers ont mis fin à leurs jours en France.

Des policiers se sont rassemblés, vendredi 19 avril, à la mi-journée à Nanterre (Hauts-de-Seine), comme un peu partout en France pour rendre hommage à leurs collègues qui se sont donné la mort. Depuis janvier, 28 se sont suicidés dans le pays.

Des policiers à bout

Une trentaine de membres de forces de l'ordre étaient réunis, en uniforme, devant la préfecture de Nanterre. Ni pancarte, ni slogan mais un rassemblement dans le calme pendant 30 minutes. Certains retraités ont tenu à venir comme Denis, 57 ans. Ce dernier connaissait très bien les deux policiers qui ont mis fin à leurs jours, jeudi, à Paris et à Montpellier. "C'est une nouvelle qui est tombée comme un couperet, c'est abrupt, se désole-t-il. On se dit 'comment c'est possible ?'"

Les complexités de mission, le stress au niveau du boulot, ça joue. Les congés supprimés, les permissions refusées, les rappels incessants, les manifestations 'gilets jaunes' depuis plusieurs mois. Les collègues ont des heures à poser, ils ne peuvent pas. Ils sont à bout.Denis, policier retraitéà franceinfo

Les cas de suicides touchent tous les services. Germain, également présent au rassemblement vendredi, travaille depuis 24 ans au sein de la police judiciaire. Il a perdu un collègue il y a quelques années et regrette de n'avoir pas su détecter sa détresse. "Notre administration nous demande d'avoir une image forte, à la 'Starsky et Hutch' quoi. Quels que soient nos problèmes, on ne doit pas les montrer au boulot."

J'ai fait une forte dépression il y a dix ans, je sais quel est le cheminement que peut avoir un collègue en détresse. Je n'avais pas envisagé de mettre fin à mes jours, mais j'avais envie à l'époque de m'endormir et de ne pas me réveiller, ce qui revient au même.Germain, policierà franceinfo

Un triste record

En moyenne, le nombre de suicide est de 43 par an. Mais cette année, le bilan est déjà particulièrement lourd, "28 suicides en 98 jours, ça fait un suicide tous les trois jours et demi", déplore Emmanuel Quemener du syndicat Alliance. "Le bilan est catastrophique. On va battre des records malheureusement dans le mauvais sens. Ça va s'arrêter quand ? Ça va finir où ? On aura beau faire des tables rondes, d'essayer de mettre en place des plans anti-suicide, si on ne prend pas d'acte fort, si la hiérarchie ne revoit pas en profondeur son management, malheureusement ça ne fera que s'empirer." L'intersyndicale, à l'origine des rassemblements, demande à être reçue en urgence par le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner.

Pour redonner le goût du travail aux collègues, Emmanuel, aimerait que les hiérarchies les félicitent plus souvent. De simples encouragements qui pourraient faire la différence. Depuis plusieurs années, le syndicaliste constate une baisse évidente de motivation chez les policiers. 

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