Grève des urgentistes : "Un cap a été franchi, nous sommes dans un état de chaos"

Des urgences en grève, ici à Mulhouse en avril 2019.
Des urgences en grève, ici à Mulhouse en avril 2019. (PATRICK GENTHON / RADIO FRANCE)

Le professeur émérite au CHU de la Pitié-Salpêtrière, André Grimaldi, attend désormais "des mesures exceptionnelles" pour l'hôpital.

"Un cap a été franchi" dans la grève des urgences qui dure depuis plus de deux mois, a réagi mardi 4 juin sur franceinfo André Grimaldi, professeur émérite au CHU de la Pitié-Salpêtrière à Paris, alors que plusieurs services d'urgences se sont mis en grève pour dénoncer leurs conditions de travail. "Qui est responsable de ce cap ? C'est la ministre", affirme-t-il. "Cela fait deux ans qu'elle dit 'je comprends la souffrance des hôpitaux'. Elle m'a dit, si j'étais encore à l'hôpital, j'aurais signé votre pétition."

André Grimaldi juge que la ministre Agnès Buzyn a été "catastrophique" lors de son interview sur France Inter mardi matin, lorsqu'elle a reproché à des urgentistes de l'hôpital Lariboisière de Paris de s'être mis en arrêt maladie pour protester contre la saturation du service, estimant qu'ils avaient "dévoyé ce qu'est un arrêt maladie".

"Elle devait dire : 'je les reçois immédiatement'", lance le professeur Grimaldi. "Au lieu de cela, la ministre dit 'Je suis des vôtres, je vous comprends mais soyez stoïques'." André Grimaldi rappelle ainsi qu'une infirmière qui débute gagne 1 600 euros à Paris. "Bientôt on n'en recrutera plus", prévient-il. "Il y a une urgence absolue. Nous sommes dans un état de chaos".

On ne peut pas se contenter de calinothérapie.André Grimaldià franceinfo

"Cela varie d'un endroit à l'autre, mais il ne faut pas minimiser", poursuit Alain Grimaldi. "La réalité c'est qu'on ne cesse de fermer des lits. Le problème ce n'est pas seulement qu'il y a des gens qui viennent aux urgences qui devraient être vus en ville. C'est aussi qu'on met 10 heures pour trouver un lit."

Le médecin pointe également la situation financière des hôpitaux. "L'an dernier, le Premier ministre a continué à diminuer les tarifs hospitaliers de 0,5 % alors que l'activité n'avait pas augmenté. On étrangle l'hôpital financièrement et après on dit il y a une crise, et qu'il faut mieux s'organiser. Rien pour le moment n'a changé".

Des mesures "intelligentes" mais qui mettront "cinq ou dix ans pour faire effet"

Le médecin trouve que les mesures proposées par le gouvernement sont "intelligentes" pour "traiter la maladie chronique du système de santé français". Mais il rappelle qu'il y a "urgence". Le plan Ma santé 2022, mis en place par le ministère des Solidarités et de la Santé, "va demander cinq ou dix ans pour produire ses effets", estime-t-il.

André Grimaldi attend "des mesures exceptionnelles" pour l'hôpital. "Le budget des hôpitaux augmente de 2,3 % comme les années précédentes alors que les dépenses programmées connues augmentent de 4 %. Chaque année on met des hôpitaux en déficit. L'assistance publique va devoir diminuer de 1 000 personnels chaque année pendant cinq ans. Il faut arrêter. Il faut que le budget hospitalier soit à la hauteur des dépenses programmées".

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