Grève des femmes de chambre d'un hôtel Ibis à Paris : "Les femmes sont devenues des outils bon marché"

L\'hôtel Ibis Clichy-Batignolles, à Paris.
L'hôtel Ibis Clichy-Batignolles, à Paris. (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

Alors qu'une vingtaine de femmes de chambre et gouvernantes de l'hôtel Ibis de Clichy-Batignolles à Paris sont en grève depuis un mois pour dénoncer leurs conditions de travail et réclamer de meilleurs salaires, selon Fouad Slimani, élu CGT- Hôtels de prestige et économique, la première urgence est de mettre fin à la sous-traitance.

"Les femmes sont devenues des outils bon marché", dénonce sur franceinfo samedi 17 août Fouad Slimani, élu CGT-HPE (Hôtels de prestige et économique) alors qu'une vingtaine de femmes de chambre et gouvernantes de l'hôtel Ibis de Clichy-Batignolles à Paris sont en grève depuis un mois pour dénoncer leurs conditions de travail et réclamer de meilleurs salaires. "La première urgence est de mettre fin à la sous-traitance de leur activité" par le groupe Accor hôtels via la société STN, réclame Fouad Slimani, alors que l'établissement qui compte 700 chambres est le deuxième plus grand de France.

franceinfo : Dans quel état d'esprit êtes-vous après un mois de grève ?

Fouad Slimani : Dans une détermination absolue. Ces femmes sont très dignes. Elles méritent beaucoup de respect et c'est justement ce qu'elles réclament le plus : le respect et la dignité. On les respectera quand on leur paiera ce qu'on leur doit, sans les maltraiter. La première urgence est de mettre fin à la sous-traitance, c'est-à-dire de les embaucher directement dans l'hôtel Ibis. La société STN pratique beaucoup de dumping social, c'est-à-dire qu'elle est agressive : elle ne paie pas toutes les heures, les congés payés disparaissent, les cadences sont infernales et quand vous n'êtes plus capable de faire des chambres, on vous mute. Les femmes sont donc devenues des outils bon marché.

Combien sont payées ces femmes de chambre ?

Certaines femmes ont des contrats de quatre heures [par jour]. Elles sont payées aux alentours de 650 euros à la fin du mois alors qu'en réalité elles effectuent des journées de huit heures. Ces heures complémentaires ne sont pas payées totalement parce qu'il n'y a pas de badgeuses. Tout reste fictif. On profite du cumul de handicaps des femmes de chambre. Elles sont souvent dans un état précaire, leurs papiers doivent être renouvelés régulièrement auprès de l'administration. On essaie donc de faire pression là-dessus en disant : "Fais tes chambres, tais-toi et tu auras tes papiers."

Avez-vous des réponses de STN ou du groupe Accor hôtels, dont dépend l'Ibis ?

Avec STN, c'est un dialogue de sourds. Ils nous présentent des choses assez incohérentes qui sont juste de l'ordre du légal. Par exemple, quand on leur réclame de ne pas être payé à la chambre, c'est la loi. On n'est pas dans le marchandage, on doit être payé à l'heure. Le groupe Accor n'est à l'écoute de rien parce qu'ils disent que ça ne les concerne pas, que ce n'est pas leur société. On a l'habitude de ce combat-là. Cependant, ils savent que ce qu'ils payent à STN revient au même que le coût de l'internalisation. C'est juste une question de temps, il ne faut pas lâcher. Les femmes de chambre méritent ce respect et nous allons tout faire pour y arriver, aux côtés aussi des salariés de l'hôtel car certains souhaitent cette internalisation mais ils n'osent pas se mettre en grève.

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