"Tout ça, c’est un vrai bulldozer sur nos acquis" : les manifestants loin d'être satisfaits du retrait provisoire de l'âge pivot

Clara et ses amies dans le cortège parisien contre la réforme des retraites, le 11 janvier 2020.
Clara et ses amies dans le cortège parisien contre la réforme des retraites, le 11 janvier 2020. (MATTHIEU MONDOLONI / FRANCEINFO)

Le retrait provisoire de l'âge pivot annoncé par Edouard Philippe, c'est très loin d’être suffisant pour les manifestants à Paris.

Dans le cortège parisien, Clara, professeure de philosophie à Paris, porte un bleu de travail et un foulard rouge à pois blancs noués dans les cheveux, comme celui de Rosie la riveteuse, symbole du féminisme. Elle est mobilisée depuis plus d'un mois, et c'est en pleine manifestation qu'elle a appris la décision du gouvernement de retirer provisoirement l'âge pivot de l'avant-projet de loi sur les retraites. La CGT revendique 150 000 personnes dans les rues de Paris, samedi 11 janvier, contre 21 000 pour la préfecture. Au niveau national, le ministère de l'Intérieur a compté 150 000 personnes, contre 500 000 pour la CGT.

Mais pour Clara, ce retrait, "c'est 'peanuts' (très peu), parce que la question ce n’est pas l’âge pivot, la question c’est la retraite à points, ce sont les choix du gouvernement, l’austérité, les services publics". La professeure de philosophie avoue : "Je suis une femme, j’ai trois enfants et je vais perdre autour de 1 000 euros de pension et moi je ne pourrai pas avoir de caisse complémentaire."

>> Réforme des retraites : les quatre points à retenir de la proposition d'Edouard Philippe sur le "retrait provisoire" de l'âge pivot

Sans retrait, "pas de discussion possible"

Même ras le bol chez Jean-Michel, qui travaille au centre social de la ville de Paris. "Je vois la même litanie : on ouvre la porte, on a la main tendue mais il n’y a rien dedans", soupire-t-il. Aujourd'hui, il n’y a qu’une chose qui lui ferait quitter la rue : "Il faudrait qu’il retire son projet, à moins qu’il le lève et qu’on se mette à discuter. Mais s’il n’y a pas de retrait, il n’y a pas de discussion possible".

Pour Jean-Michel, "tout ce qu’ont gagné nos parents, nos grands-parents, nos arrières grands-parents, tout ça c’est un vrai bulldozer sur nos acquis."

C’est un recul social sans précédent.Jean-Michelà franceinfo

Jean-Claude venu d'Aulnay-sous-Bois, porte son gilet jaune, des dizaines de dates inscrites au feutre noir. La première, le 17 novembre 2018, jusqu'à la dernière : le 11 janvier 2020. "Cela correspond à peu près à 66 manifs. On marque ça juste histoire de montrer notre détermination à aller jusqu’au bout", explique-t-il.

Bientôt une 67e car il continuera à manifester, dit-il, même s’il est déjà convaincu que les annonces d’Edouard Philippe vont diviser le front syndical : "Les leaders syndicaux vont tomber d’accord avec Edouard Philippe, en se contentant peut-être de quelques miettes". Il appelle au rassemblement : "On essaie déjà de remuer la base en leur disant ‘souvenez-vous que quand vos leaders vont vous demander de retourner au charbon, rien ne vous empêche en tant que citoyen de revenir le samedi avec nous pour faire sentir votre mécontentement. Avec un gilet ou même sans !"

Tous le promettent : avec ou sans gilet, ils seront à nouveau dans la rue dès le 14 janvier, pour la nouvelle journée de mobilisation contre cette réforme des retraites.

Reportage de Matthieu Mondoloni dans le cortège parisien contre la réforme des retraites
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