Réforme des retraites : allez-vous devoir travailler plus longtemps ?

Le Premier ministre, Edouard Philippe, lors de son discours de politique générale devant l\'Assemblée nationale, le 12 juin 2019.
Le Premier ministre, Edouard Philippe, lors de son discours de politique générale devant l'Assemblée nationale, le 12 juin 2019. (ALAIN JOCARD / AFP)

Devant les députés, Edouard Philippe a assuré qu'il n'y aurait pas de report de l'âge légal de départ à la retraite, fixé à 62 ans. Mais le Premier ministre a aussi annoncé que l'exécutif entendait "définir un âge d'équilibre et des incitations à travailler plus longtemps".

Mesure logique pour le gouvernement, "gros loup" pour la CGT. Lors de son discours de politique générale devant les députés, Edouard Philippe a déclaré que l'exécutif définirait dans le cadre de la future réforme des retraites un "âge d'équilibre et des incitations à travailler plus longtemps". Toutefois, le Premier ministre a assuré que l'âge légal de départ à la retraite, fixé à 62 ans, resterait inchangé, comme l'avait promis Emmanuel Macron. Concrètement, les Français devront-ils travailler plus longtemps ? A quel âge faudra-t-il partir pour toucher une pension complète ? Eléments de réponse.

L'âge légal de départ à la retraite est maintenu
à 62 ans…

"Continuer à partir à la retraite deux ans plus tôt que l’âge moyen des autres pays européens, c’est demander à nos enfants de financer cet écart", a affirmé Edouard Philippe devant les députés, mercredi. Dans le système actuel français, il faut cumuler deux critères pour toucher une retraite complète : avoir cotisé un nombre minimum de trimestres – qui dépend de votre année de naissance – et avoir 62 ans, l'âge légal en vigueur en France.

Cet âge légal de 62 ans, Emmanuel Macron avait promis, pendant la campagne présidentielle, de ne pas y toucher. Sauf que ce seuil est aujourd'hui une contrainte pour l'exécutif, puisqu'il ne permettrait pas d'assurer le financement des retraites.

L'enjeu est donc de demander aux Français de travailler plus longtemps, pour pouvoir financer le système de retraites. Mercredi, le rapport annuel du Conseil d'orientation des retraites publié dans la presse a pronostiqué que le déficit du système serait deux fois plus élevé que prévu d'ici à 2022, atteignant 10 milliards d'euros. Si les travailleurs partent trop tôt à la retraite, les comptes du régime vont donc très vite plonger dans le rouge, et les retraités pourraient voir leurs pensions fondre comme neige au soleil.

… mais les pensions seront amputées en cas de départ avant un "âge d'équilibre" 

Pour éviter de se retrouver dans cette situation, le gouvernement entend créer un "âge d'équilibre", qu'il appelait jusqu'ici "âge pivot""Si vous voulez partir avant cet âge d'équilibre, ça sera possible, mais votre pension sera amputée, vous toucherez moins d'argent", résume Fanny Guinochet, journaliste à L'Opinion, sur franceinfo.

A ce sujet, Edouard Philippe n'a pas précisé quel serait ce fameux "âge d'équilibre", mais il faut s'attendre à ce qu'il soit bien au-delà des 62 ans. "En Allemagne, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, ils sont plutôt sur des âges de départ entre 64 et 65 ans, l'âge d'équilibre risque donc d'être dans ces eaux-là", poursuit Fanny Guinochet. Dans les faits, les Français travaillent déjà souvent après 62 ans. En moyenne, ils partent à 63 ans.

Le haut commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, avait avancé en début d'année l'hypothèse d'une surcote à partir de 62 ans. En clair : travailler plus longtemps pour avoir une pension plus élevée. Mais l'hebdomadaire Challenges rapportait la semaine dernière que l'exécutif étudiait plutôt un dispositif de "bonus-malus". Les travailleurs qui partiraient à la retraite avant l'"âge d'équilibre" seraient donc pénalisés par un malus.

Sans dévoiler l'option retenue, Edouard Philippe a affirmé que "chacun pourra faire son choix, en liberté et en responsabilité", ajoutant toutefois que "la condition pour que ce choix existe, c'est que le chômage recule". Invitée des "4 Vérités" jeudi sur France 2, Sibeth Ndiaye a défendu ce projet : "Aujourd'hui, il faut comprendre que tout le monde devra travailler un peu plus. Pour une bonne raison, parce qu'on vit un peu plus longtemps." 

L'opposition dénonce un "report déguisé" 

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, a dénoncé sur franceinfo un "enfumage". "Oui, il y a un gros loup même. On nous dit 'on ne change pas l'âge légal', mais si vous partez à l'âge légal, vous n'aurez pas de quoi vivre parce que c'est ça la décote", s'est-il insurgé.

Le syndicaliste conteste la logique de l'exécutif selon laquelle il faudrait travailler plus longtemps pour s'aligner sur l'allongement de l'espérance de vie. "On dit 'on vit plus longtemps aujourd'hui', c'est parce qu'on a baissé le temps de travail hebdomadaire, rappelle-t-il. C'est parce que l'âge de la retraite a été ramené à une époque à 60 ans. Si on fait l'inverse aujourd'hui, on travaille plus longtemps, on va rapprocher l'âge de la retraite de l'âge de la mort. Et ça, c'est proprement scandaleux." 

Le député LR de l'Ain Damien Abad a quant à lui pointé un report déguisé, sur franceinfo.

Les Français ont compris qu'on allait contourner le problème et qu'on allait reculer l'âge effectif de départ à la retraite sans le leur dire, pour éviter une crise sociale.Damien Abad, député LRsur franceinfo

"On voit bien que le gouvernement avance masqué, qu'il ne veut pas dire la vérité aux Français, qu'il n'assume pas un report de l'âge légal de la retraite", a ajouté Damien Abad. De son côté, le député LFI Ugo Bernalicis a estimé que la situation changerait peu. "C'est déjà le cas. Vous avez un âge légal de départ à la retraite et vous avez un âge effectif. On voit aujourd'hui que les gens partent après 63 ans à la retraite", a-t-il commenté. 

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