Inégalités salariales entre femmes et hommes : "Les ordonnances Macron vont encore aggraver la situation"

 Sophie Binet, secrétaire générale adjointe de l’UGICT-CGT.
Sophie Binet, secrétaire générale adjointe de l’UGICT-CGT. (BODO MARKS / DPA)

Invitée de franceinfo, vendredi, Sophie Binet, secrétaire générale adjointe de la CGT Ingénieurs, cadres et techniciens, a détaillé les "cinq facteurs" qui entravent l'égalité salariale entre les femmes et les hommes. 

Depuis vendredi 3 novembre à 11h44, les femmes travaillent "bénévolement", selon le calcul des Glorieuses, une lettre d'information partageant chaque semaine des actualités sur les femmes. Elles sont en moyenne payées 15,8 % de moins que les hommes, soit 39 jours ouvrés en moins.

Ces inégalités salariales se sont creusées en un an. En 2016, les femmes commençaient à travailler "pour rien" à partir du 7 novembre. "Tout temps de travail confondu, cet écart est même de 26 % entre les femmes et les hommes. Et ce qui nous inquiète c'est que les ordonnances Macron vont encore aggraver la situation alors qu'on nous avait promis une grande cause nationale", a estimé Sophie Binet, secrétaire générale adjointe de la CGT Ingénieurs, cadres et techniciens, en charge de l'égalité femmes-hommes, sur franceinfo.

franceinfo : l'inégalité continue-t-elle de se creuser entre femmes et hommes sur la fiche de paie ?

Sophie Binet : Oui, parce que tout temps de travail confondu, cet écart est même de 26 % entre les femmes et les hommes. Et ce qui nous inquiète c'est que les ordonnances Macron vont encore aggraver la situation alors qu'on nous avait promis une grande cause nationale. Le gouvernement a fait le choix de casser le thermomètre, en supprimant les indicateurs aujourd'hui obligatoires en entreprise pour mesurer les inégalités femmes-hommes, des outils qui sont utilisés pour négocier.

Comment expliquer qu'à poste identique, une femme continue d'être moins payée qu'un homme ?

Il y a cinq facteurs. Le premier, c'est le temps de travail puisque 30 % des femmes occupent des emplois à temps partiel, le plus souvent subi à moins de 24 heures par semaine, avec du coup un salaire partiel et une retraite partielle. Le deuxième, c'est que les femmes travaillent dans des secteurs qui sont moins reconnus et moins bien payés : le soin, le relationnel, l'éducatif, l'administratif, etc. dans lesquels les qualifications ne sont pas reconnues. Le troisième, c'est que les écarts se cumulent sur la carrière du fait des maternités et interruptions de carrière. Le quatrième facteur c'est que les primes sont très discriminantes, c'est ce qui explique qu'il y a le plus d'écart entre les femmes et les hommes cadres, à responsabilité équivalente. Le dernier facteur, c'est de la discrimination pure : il reste un écart même quand on neutralise les quatre autres facteurs.

Faut-il faire comme l'Islande et mettre en place une loi qui garantit l'égalité de rémunération et demande aux entreprises de le faire certifier ?

Oui, il faut mettre en place des sanctions pour les entreprises qui discriminent, il faut lutter contre les temps partiels de moins de 24 heures en arrêtant de les subventionner avec des exonérations de cotisations sociales. Il faut mettre en place un indicateur pour mesurer les écarts cumulés sur les carrières pour pouvoir négocier sur ces écarts. Et puis il faut mieux payer les emplois dans lesquels les femmes sont concentrées. Il faut enfin travailler sur les violences sexistes et sexuelles, y compris au travail, en préservant les CHSCT, chargées de protéger la santé des salariés qui sont aujourd'hui supprimées par les ordonnances.

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