"On est morts de chez morts" : retour sur la semaine exécrable de François Hollande

François Hollande à l\'Elysée, le 30 mars 2016
François Hollande à l'Elysée, le 30 mars 2016 (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Abandon de la réforme constitutionnelle, popularité en berne, manifestations : le chef de l'Etat a vécu une véritable "hebdomas horribilis".

Déchéance de nationalité, popularité au plus bas, contestation contre la loi Travail… Des semaines difficiles, François Hollande en a connu depuis le début de son mandat. Mais celle qui s'achève fera sans doute partie des pires. Récit.

Le fiasco de la déchéance de nationalité

Mercredi 30 mars, après le Conseil des ministres, François Hollande enterre lui-même la réforme constitutionnelle. Une allocution solennelle d'un peu moins de six minutes pour constater sa propre incapacité à mener à bien cette réforme. Le président charge l'opposition, "hostile à toute révision constitutionnelle", puis quitte, plus isolé que jamais, le salon Napoléon III de l'Elysée. Une image que plusieurs quotidiens, comme Le Figaro (article abonnés), ont comparée à celle de la sortie de Valéry Giscard d'Estaing quittant le pouvoir en 1981, et son fameux "Au revoir…"

"Le début de la fin", titrait vendredi Le Figaro. On n'en attendait pas moins du journal conservateur, mais il est loin d'être le seul à étriller le chef de l'Etat : "Machiavel aux petits pieds" pour les Dernières nouvelles d'Alsace (DNA) "Waterloo politique" pour L'Alsace ; "désastre" pour Libération… Sans nier la responsabilité de la droite, la presse fait de François Hollande le principal responsable de cet échec. Les DNA assurent que "le coût politique de ce fiasco monumental n'est pas encore chiffrable, mais pour François Hollande, il sera à coup sûr extrêmement élevé".

Une analyse partagée par ce membre du gouvernement, qui charge François Hollande sur toute la séquence de la déchéance : "La manière dont les choses ont été présentées, sans beaucoup d'explications, a accru le sentiment d'une semaine catastrophique." Et de cibler, une fois encore, l'éternelle ambiguïté du chef de l'Etat, incapable – ou non désireux – d'affirmer les choses clairement : "Il aurait dû dire 'Je me suis battu pour l'unité nationale, certains n'ont pas saisi la main tendue'."

Un sondage en forme de "coup de bambou"

Même à l'Elysée, cet épisode est très mal vécu. Confidence à Europe 1 d'un conseiller du Palais : "On est morts de chez morts." Ambiance morose encore alimentée par la une du Monde, qui titre mercredi sur "le rejet massif de François Hollande à gauche". Le quotidien publie un sondage sur les intentions de vote au premier tour de la présidentielle de 2017, désastreux pour le chef de l'Etat. Un vieux compagnon de route du président, qui l'a décortiqué, s'en inquiète : "C'est un coup de bambou. C'est la première fois que le total de la gauche contestataire – Duflot, Mélenchon, Poutou… – est supérieur au total de la gauche réformiste, celle de François Hollande."

La tornade suscitée par l'abandon de la réforme constitutionnelle est telle qu'elle parvient presque à faire oublier la polémique sur les propos de Laurence Rossignol. Le matin même, la ministre des Droits des femmes a comparé les musulmanes voilées aux "nègres américains" qui étaient favorables à l'esclavage. Devant le tollé suscité sur les réseaux sociaux, elle reconnaît une "faute de langage". La droite ne saisit pas l'occasion de polémiquer, mais le gouvernement aurait pu s'épargner une telle controverse.

La rue contre la loi Travail

Le lendemain, nouvelle épreuve pour l'exécutif, cette fois dans la rue. Jeudi 31 mars, la CGT, FO et l'Unef défilent contre la réforme du Code du travail de Myriam El Khomri. A l'Elysée, on reconnaît que "le ressentiment n'est pas retombé", mais on assure aussi que la mobilisation ne traduit pas "un phénomène politique nouveau qui prendrait de l'ampleur". "Un partout, balle au centre", résume un conseiller de Hollande. "Tous ceux qui veulent se payer le gouvernement sont dans la rue, il y a un côté très politique à ça."

Est-ce pour se rassurer sur l'avenir du texte lui-même ? Il constate que parmi les manifestants, "le gros des cortèges, ce sont des gens pas concernés par le texte : fonctionnaires, cheminots…" Quant à l'effet domino provoqué par l'abandon de la réforme constitutionnelle, "ceux qui sont contre la loi Travail y verront un signe de faiblesse et ça va les encourager à continuer". Un ministre ne se dit pas trop inquiet sur le mouvement social en lui-même. En revanche, la radicalisation des manifestants, en particulier des jeunes, représente selon lui un réel danger pour l'exécutif. "Le risque, c'est la radicalisation, l'accident, la violence… Cela pose plus un problème d'ordre public, c'est moins une question sociale. Et cette question est plus complexe, car il n'y a pas de débouché évident pour les jeunes."

Alors, la semaine a-t-elle été particulièrement difficile pour l'exécutif ? "Il y en aura d'autres ! On n'en est qu'au début, on veut vous donner du travail", répond un membre du gouvernement en souriant. Simple boutade ou preuve de lucidité ?

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