Manifs contre la loi Travail : le symbole du "Punisher" repéré sur la matraque d'un policier

Le crâne blanc, symbole du \"Punisher\".
Le crâne blanc, symbole du "Punisher". (MARVEL COMICS)

Le symbole du "Punisher", personnage vengeur de Marvel, interpelle, dans un contexte social tendu, marqué par des affrontements violents entre manifestants et forces de l'ordre.

C'est une tête de mort parfaitement reconnaissable, pour qui est familier de l'univers Marvel. Un autocollant du Punisher a été repéré et photographié sur le tonfa d'un membre des forces de l'ordre, pendant une manifestation contre la loi Travail, à Paris. Découvert et publié par le Huffington Post, mardi 19 avril, le cliché du photographe indépendant Yann Lévy a immédiatement suscité de vives réactions, dans un contexte social marqué par des affrontements nombreux et violents entre forces de l'ordre et manifestants.

Qui est le Punisher ?

Il s'agit d'un personnage créé en 1974, appartenant au monde de Marvel Comics. Le Punisher, dont le nom est Frank Castle, est un ancien Marine. Il est guidé par la vengeance depuis que la police a échoué à traîner devant la justice les meurtriers de sa famille. Il n'a pas de super-pouvoir mais mène une croisade personnelle violente contre le crime organisé. Ce vétéran est l'un des personnages sombres et torturés les plus célèbres des comics.

>

Le Punisher est apparu pour la première fois comme un personnage secondaire face à Spider-Man. Les lecteurs ayant très vite accroché, ses créateurs (Gerry Conway, John Romita Jr et Ross Andru) ont décidé de lui consacrer une série propre. Récemment, il est réapparu dans la saison 2 de la série Daredevil, sur Netflix.

Dans quelles circonstances la photo a-t-elle été prise ?

Le photographe Yann Lévy, habitué à couvrir les mouvements sociaux, se trouve dans la manifestation du jeudi 14 avril, à Paris. "C'était en début d'après-midi, pas très loin du métro Jaurès", raconte le reporter à francetv info. "Je photographiais un jeune qui avait un coquard et j'ai aperçu ce logo que j'ai immédiatement reconnu", poursuit-il. Sur le tonfa d'un membre des forces de l'ordre, il voit le Punisher, l'un de ses personnages de comics préférés.

Yann Lévy prend donc "quatre ou cinq photos à la volée". Quelques minutes après, il montre l'image, sur son appareil photo, à quelques confrères. L'un d'eux, Geoffrey Froment, parvient à capturer lui aussi le symbole. 

Depuis, la préfecture de police et le ministère de l'Intérieur ont été informés, par les médias surtout. "L'identification de la personne est en cours, selon le Service d'information et de communication de la police (Sicop). On ne sait même pas encore s'il s'agit d'un policier ou d'un CRS." 

Peut-il s'agir d'un photomontage ?

"Dans les circonstances actuelles, je crois à un photomontage", analyse Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint du syndicat Alliance, également contacté par francetv info. En pleine polémique sur les violences policières, notamment dénoncées par la CGT, avec une affiche qui a provoqué la colère du ministère de l'Intérieur, Frédéric Lagache voit dans la photo de Yann Lévy "une manipulation, pour créer le buzz". "Si l'image est vraie, le photographe a sûrement pris d'autres photos qui peuvent nous aider à identifier l'agent en question",  insiste-t-il.

Mais le reporter Yann Lévy n'a "pas pris son visage, car tout s'est passé très vite", et affirme "ne pas être dans une logique de délation". Tout juste se permet-il d'ajouter que l'homme qui tenait cette matraque semblait "très jeune". "J'ai donné la preuve au Huffington Post [qui a acheté l'image] que la photo n'avait pas été retouchée, précise le photographe, qui suit de près les manifestations contre la loi Travail. Je ne vais pas jouer à raconter n'importe quoi ; il en va de ma crédibilité et de ma sécurité."

Pourquoi ce symbole choque-t-il ?

"De quoi le Punisher est-il le symbole ?" s'est demandé le photographe, après avoir repéré l'autocollant. "Dans un climat social tendu", cette photo montre "qu'il y a un problème de rapport à la violence", estime-t-il. Le symbole du Punisher "ne laisse pas de doute, c'est un personnage très connu". Une analyse que partage Frédéric Lagache, du syndicat Alliance : "C'est un emblème qui laisse supposer que l'on veut se faire justice soi-même, c'est impensable que des policers le portent."

Les policiers et CRS n'ont pas le droit de modifier leur uniforme et leur équipement. Frédéric Lagache rappelle le "devoir de réserve et de neutralité" des forces de l'ordre. C'est notamment à cela que servent les uniformes : effacer les différences et les opinions des agents.  

Ce Punisher collé sur un tonfa rappelle en outre deux événements de l'actualité récente : la lutte contre l'organisation Etat islamique et la guerre contre le terrorisme au Mali. En effet, les soldats américains envoyés combattre l'EI en Irak ont fait du Punisher leur emblème, repris par des combattants irakiens, comme le racontait Time (en anglais), en avril 2015.

Les médias qui racontent cette histoire rappellent aussi celle de ce soldat français au Mali, qui arborait un foulard portant une tête de mort, en janvier 2013. Il a, depuis, quitté l'armée, rappelle Le Parisien

Un soldat français portant un foulard à tête de mort pose près d\'un blindé, à Niono (Mali), le 20 janvier 2013.
Un soldat français portant un foulard à tête de mort pose près d'un blindé, à Niono (Mali), le 20 janvier 2013. (ISSOUF SANOGO / AFP)