Dépôt pétrolier bloqué à Donges : "Le gouvernement ne nous écoutera peut-être pas, mais il cédera"

L\'entrée du dépôt pétrolier de Donges (Loire-Atlantique), le 23 mai 2016.
L'entrée du dépôt pétrolier de Donges (Loire-Atlantique), le 23 mai 2016. (MATHIEU DEHLINGER / FRANCETV INFO)

La Loire-Atlantique, comme de nombreux départements de l'ouest de la France, fait face à une pénurie de carburant. A Donges, près de Saint-Nazaire, la raffinerie est en cours d'arrêt. Les grévistes bloquent aussi un dépôt pétrolier. Reportage.

Le panneau est clair : "Route barrée." Pour accéder au dépôt pétrolier de Donges (Loire-Atlantique), le visiteur doit regarder où il met les pieds. Et enjamber, sur le chemin, parpaings, gravats et palettes. Depuis quelques jours, plus aucun camion ne vient se ravitailler ici. Sur la route, depuis Nantes, les conducteurs croisent trois stations-service bien visibles. Pas la peine de s'y arrêter : elles sont toutes fermées, faute de carburant à distribuer.

"C'est le cinquième jour que je me lève à 3 heures", raconte Régis, présent lundi 23 mai, avec une cinquantaine de personnes, au piquet de grève installé par la CGT à l'entrée du site. Lui vient de la raffinerie voisine, elle aussi à l'arrêt. "Ce qu'on fait ici, c'est une réponse au 49.3, ce déni de démocratie, explique-t-il. On exige le retrait de la loi Travail, on ne transige pas là-dessus."

La loi Travail, c'est un rouleau compresseur. Si elle passe, ça va être une boucherie sociale.Régis, gréviste de la raffinerie de Dongesà francetv info

Autour de lui, ses camarades sont pour la plupart peu loquaces, méfiants avec les journalistes, accusés de ne relater que les débordements lors des manifestations. "On ne voit pas la bonne ambiance à la télévision", argumente un gréviste à l'adresse d'un reporter équipé d'une caméra. "Nous, ce qu'on fait ici, c'est qu'on essaye de se faire écouter, ajoute un autre. Ici, il n'y a pas de casseurs, il y a des gens qui travaillent, qui veulent défendre leurs droits."

"Un point névralgique" pour faire plier le gouvernement

Devant l'entrée du dépôt, l'ambiance est effectivement plutôt détendue. Certains en profitent même pour jouer à la pétanque. Mais l'objectif est très sérieux. Avec cette grève et ce blocage, il s'agit de "toucher un point névralgique", explique Yann, 40 ans, venu de la raffinerie : "Le gouvernement ne nous écoutera peut-être pas, mais il cédera." "Bloquer cette activité, c'est très stratégique économiquement, abonde Patrick, 58 ans, préretraité du dépôt. On ne voulait pas en arriver là, mais il faut appuyer sur l'accélérateur pour se faire entendre." Aux habitants ennuyés par la pénurie de carburant, il répond : "C'est pour vous, pour vos enfants qu'on fait ça. A vous de voir."

"C'est compliqué pour nous aussi avec nos bagnoles", explique Anita, 38 ans, syndiquée CGT à la ville de Nantes. Comme d'autres, même si elle ne travaille pas sur le site, elle est venue pour soutenir les grévistes du dépôt. Des dockers sont aussi présents. Car jour et nuit, sans relâche, il faut se succéder pour que le blocage perdure. En attendant que les autorités interviennent.

Si les policiers viennent nous déloger, on se barrera. On ne vient pas pour la castagne. On n'est pas des GI Joe.Anita, venue soutenir les grévistes du dépôtà francetv info

"Ça se passera dans le calme et dans la dignité", assure Fabien Privé Saint-Lanne, représentant CGT de la raffinerie de Donges. Tous les grévistes interrogés par francetv info reprennent en chœur le même discours. "On ne va pas au combat, on ne cherchera pas la bagarre, affirme par exemple Patrick. Des zadistes sont venus nous soutenir, on les a recadrés."

Mais même si le blocage du site était levé, la pénurie de carburant pourrait ne pas se résorber. Les opposants à la loi Travail promettent déjà de "jouer au chat et à la souris" avec les policiers. Si le dépôt rouvre, ils sont prêts à faire durer le combat et à bloquer ailleurs, pour empêcher les camions de livrer. "En 2010, lors de la réforme des retraites, Nicolas Sarkozy avait pris les devants. Là, le gouvernement n'a rien anticipé", estime Fabien Privé Saint-Lanne. A l'époque, comme le rappelle Ouest France, les grévistes de la raffinerie voisine avaient tenu dix-neuf jours.