Déficit, croissance : le gouvernement promet de rentrer dans les clous de Bruxelles

Le Premier ministre, Manuel Valls, la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, et le ministre des Finances, Michel Sapin, le 16 avril 2014 au palais de l\'Elysée (Paris).
Le Premier ministre, Manuel Valls, la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, et le ministre des Finances, Michel Sapin, le 16 avril 2014 au palais de l'Elysée (Paris). (PATRICK KOVARIK / AFP)

Le gouvernement français mise autant sur la croissance que sur les économies pour redresser la barre de ses comptes publics d'ici la fin du quinquennat. Mais il fait preuve d'optimisme. 

Un plan d'économies sans précédent. Le gouvernement a présenté, mercredi 23 avril, sa nouvelle trajectoire des finances publiques, qui se veut conforme aux règles de l'Union européenne. Pour ce faire, le gouvernement Valls mise autant sur la croissance que sur les économies pour redresser la barre de ses comptes publics d'ici la fin du quinquennat, au risque de rater une fois de plus ses objectifs si la reprise manque de souffle. Sur quelles prévisions table le gouvernement, et comment compte-t-il y arriver ? 

L'objectif : 3% de déficit pour 2015

Le gouvernement a confirmé son intention de ramener le déficit public français à 3% du produit intérieur brut en 2015, conformément à ses engagements européens, dans son programme de stabilité présenté mercredi.

Cette diminution du déficit public, au prix d'économies sans précédent de 50 milliards d'euros, sera réalisé, après une étape à 3,8% du PIB cette année, selon les prévisions du gouvernement présentées en Conseil des ministres.

Les moyens d'y parvenir, selon le gouvernement

Dans son scénario, le gouvernement explique que "sa priorité est de permettre à la croissance d'accélérer, et à l'emploi privé de progresser de manière durable". La reprise de l'activité repose, selon lui, sur l'amélioration de la conjoncture internationale, avec notamment une reprise des exportations, mais aussi sur sa politique, notamment en terme d'allègements fiscaux et sociaux.

Cependant, elle risque de souffrir du niveau "trop élevé" de l'euro actuellement, a nuancé le ministre des Finances, Michel Sapin, devant la commission des finances de l'Assemblée.

Une vision optimiste, estiment certains

Le gouvernement table sur une croissance du PIB de 1% en 2014, 1,7% en 2015, puis 2,25% en 2016 et 2017 lorsque son pacte de responsabilité et de solidarité aura produit tout son impact. Un scénario pris avec des pincettes par le président du Haut Conseil des finances publiques, Didier Migaud. Devant la commission des finances de l'Assemblée, il a jugé la prévision pour cette année "réaliste". Mais celle de l'année prochaine "repose sur un enchaînement vertueux de toutes les hypothèses favorables", a-t-il relevé, tout en ne la jugeant "pas hors d'atteinte".

Retour de la contribution du commerce extérieur à la croissance en 2015, vraie reprise de la consommation et de l'investissement en 2016, inflation un peu plus soutenue cette année et en 2015 : voici les ingrédients qu'avance le gouvernement pour justifier sa stratégie. Pour 2016 et 2017, le Haut Conseil a qualifié la prévision d'"optimiste".

50 milliards d'économies en parallèle

Parallèlement, le gouvernement entend poursuivre l'effort de redressement des comptes publics en diminuant le déficit public (Etat, protection sociale, collectivités locales) et surtout le déficit structurel, c'est-à-dire hors aléas de la conjoncture. Mais la marche est haute pour arriver à 3% : il s'agit en effet de réaliser en deux ans (2014 et 2015) un effort équivalent à 1,3 point de PIB (près de 30 milliards d'euros).

Le plan de 50 milliards d'économies, contesté par certains socialistes, est notamment là pour cela. Celles-ci doivent notamment passer par un gel temporaire des prestations sociales et du point d'indice de la rémunération des fonctionnaires. Une première tranche de ces économies, d'un montant de 4 milliards d'euros, sera inscrite dès le mois de juin dans un collectif budgétaire, alourdissant l'effort réalisé en 2014 à 19 milliards sur les dépenses (3 milliards sur les recettes).

Mais ces économies s'"articulent", assure le gouvernement, avec le pacte de responsabilité et de solidarité : un allègement de 30 milliards des cotisations patronales, auxquels s'ajoutent plus de 10 milliards de baisse de la fiscalité (d'ici 2017) sur les entreprises et 5 milliards de mesures sociales et fiscales pour les ménages. Le gouvernement espère que cela générera 200 000 emplois supplémentaires et un demi-point de croissance. Il calcule par ailleurs "une légère hausse de l'emploi marchand en 2014 (+15 000 postes en moyenne annuelle, soit +0,1%) et une nette accélération en 2015 (+160 000 postes, soit +1%)".

Dans son avis publié mercredi, le Haut Conseil des finances publiques souligne néanmoins que la baisse des dépenses, qui est plus lourde en 2014 et 2015 que les années suivantes, pourrait au final "peser davantage que prévu par le gouvernement sur la croissance à court terme". "Il peut y avoir en 2015 une croissance pas aussi riche en emploi que ne le prévoit le gouvernement", prévient Didier Migaud. 

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