Croissance : "Les solutions proposées par Hollande ou le FMI sont mauvaises"

Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international, et Pierre Moscovici, ministre français de l\'Economie et des finances, au cours d\'une réunion de la zone euro, à Bruxelles, en mars 2013.
Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international, et Pierre Moscovici, ministre français de l'Economie et des finances, au cours d'une réunion de la zone euro, à Bruxelles, en mars 2013. (JOHN THYS / AFP)

Le Fonds monétaire international préconise à la France d'alléger sa politique d'austérité. Est-ce vraiment la solution ? Francetv info a posé la question à Henri Sterdyniak, économiste.

Le FMI (Fonds monétaire international) recommande à la France de revoir légèrement sa copie en politique économique. Les dernières réformes vont dans la bonne direction, d’après l'institution internationale, mais il ne faudrait pas trop forcer sur les hausses d'impôts. Le FMI craint que la politique de rigueur n'entame la reprise qui pointe le bout de son nez. Francetv info a interrogé Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) et membre des économistes atterrés, un collectif d'économistes classé à gauche, qui s'oppose aux politiques néolibérales.

Francetv info : Quelle est la bonne solution pour renouer avec la croissance sans augmenter le déficit : augmenter les impôts encore une fois en 2014 ou étaler l’effort de rigueur, comme le conseille le FMI ?

Henri Sterdyniak : Aucune des deux. Si, en 2014, la France poursuit sa politique de forte austérité, en baissant les retraites et en augmentant la TVA et les impôts, la croissance ne pourra pas reprendre. Le chômage s'envolera et on restera dans un cercle vicieux épouvantable. A l'heure actuelle, les ménages ont peur de consommer et les entreprises ne veulent pas investir. Le rapport du FMI met en garde contre ce scénario. La solution, pour lui, est une politique d'austérité allégée dans les prochains mois.

Selon moi, cette austérité ne doit ni être étalée ni être remise à plus tard, puisqu'elle est inutile. La France a fait les efforts nécessaires pour réduire son déficit, le FMI le reconnaît. Il faut à présent changer complètement de cap. Actuellement, le déficit public est entièrement dû à la mauvaise conjoncture économique, ce n'est pas un problème structurel que l'on peut régler en faisant des économies ou en augmentant les impôts. Aujourd'hui, il faut juste faire travailler les gens pour relancer la consommation et l'investissement des entreprises. 

Les recommandations du FMI doivent permettre de soutenir la croissance, pour l'instant très basse. Selon l'Insee, elle atteindra 0,2% en 2013...

Les prévisions de croissance du FMI sont à long terme, sans véritable rebond avant 2016. Avec ce scénario, je ne vois pas comment éradiquer le chômage. En 1998, le gouvernement avait réussi à faire baisser le chômage car la croissance avait été bonne pendant deux ans, à 3,5%. On en est loin aujourd'hui. Si des taux de croissance aussi bas (moins de 1%) persistent pendant quelques années, je ne vois pas comment le pays peut s'en sortir.

Le gouvernement peut-il encore faire des efforts sur la compétitivité des entreprises, comme le lui demande le FMI ?

Le gouvernement a déjà fait cet effort, puisqu’il a mis en œuvre le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi. Les entreprises vont recevoir 20 milliards d'euros, mais il faut attendre pour observer les effets de cette mesure. Il me semble difficile de faire plus. 

Les marges des entreprises sont mauvaises, mais une partie de ces mauvais résultats proviennent de la crise elle-même. Les marges ne se rétabliront que quand on aura de la croissance. Si les ménages consomment, si les entreprises investissent, elles feront de meilleures marges. Le gouvernement doit se tourner vers l'investissement productif. La priorité est de remettre l'Europe sur les rails, de créer une Europe plus solidaire, plus écologique.

Vous êtes à nouveau en ligne