Plan de rachat de dette : "La BCE donne une leçon aux chefs d'Etat"

Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a annoncé un nouveau programme de rachat de dette publique, jeudi 6 septembre.
Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a annoncé un nouveau programme de rachat de dette publique, jeudi 6 septembre. (SEBASTIEN NOGIER / AFP)

La Banque centrale européenne a annoncé un programme de rachat de dette publique, jeudi 6 septembre. L'analyse du correspondant de France 2 à Bruxelles.

CRISE DE LA DETTE - Le suspense a duré jusqu'au dernier moment. La Banque centrale européenne (BCE) va lancer un nouveau programme, baptisé "Outright monetary transactions" (OMT), pour intervenir sur le marché de la dette des Etats de la zone euro.

L'analyse de François Beaudonnet, correspondant de France 2 à Bruxelles (Belgique).

FTVi : La BCE va lancer un programme pour racheter des obligations d'Etat de un à trois ans. Quel est l'objectif de ce plan ?

François Beaudonnet : Il concerne avant tout les Etats en difficulté, notamment l'Espagne. Ils pourront emprunter à des taux plus faibles sur les marchés, puisque la BCE pourra racheter les dettes contractées, limitant le risque. Surtout, la BCE annonce qu'il s'agit d'un rachat sans limite de volume. Cela signifie donc que le soutien à l'Espagne et l'Italie sera total.

En contrepartie, il y a certaines conditions. Les pays devront continuer à mener des réformes structurelles. Et ce rachat de dette ne sera possible que lorsque les deux fonds de sauvetage européens seront sur pied, si possible en collaboration avec le Fonds monétaire international (FMI).

Ce dernier message est directement adressé au chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, qui souhaite éviter de passer sous les fourches caudines du FMI. C'est pour cette raison qu'il vient de refuser d'appeler à l'aide.

Cette décision était-elle attendue ?

Oui, mais personne ne pouvait en être sûr, même une heure avant l'annonce. Cela fait tomber le tabou du rachat de la dette des Etats, puisque le premier programme avait été mené de façon bien plus discrète, en catimini. 

Mario Draghi, le président de la BCE, a pourtant déclaré que la décision avait été prise à l'unanimité, moins une voix. Cette voix manquante, c'est celle de Jens Weidmann, le patron de la Bundesbank (la banque centrale allemande). Soutenu par Angela Merkel, il était opposé à ce plan de rachat de dette, au point de menacer de démissionner. 

Quel est le message adressé aux Etats ? Aux marchés ?

C'est l'Europe du sud qui l'emporte sur l'Europe du nord. L'Allemagne pense qu'un tel rachat de dette déresponsabilise les pays de la zone euro, qui se croient protégés par le soutien de la BCE. Les craintes allemandes sont sans doute infondées et je ne pense pas que cette mesure ouvre la boîte de Pandore.

La Banque centrale ne rachètera des obligations que sur des dettes courtes, de trois ans maximum. Les pays concernés vont donc devoir mener des politiques d'assainissement budgétaire. La BCE veut montrer que sa mesure correspond à une situation exceptionnelle et provisoire. 

Cette fois, elle donne une leçon aux chefs d'Etat et de gouvernement en leur disant : "Je suis en train de faire ce que vous n'avez pas réussi à faire en trois ans. A votre tour d'accélérer le mouvement." Et le message adressé aux marchés est clair lui aussi : "Vous ne ferez pas disparaître l'euro."