Perte du triple A français : l'Allemagne est-elle gagnante ?

La chancelière allemande Angela Merkel, le 9 janvier 2012.
La chancelière allemande Angela Merkel, le 9 janvier 2012. (ROLF VENNENBERND / DPA / AFP)

Pour certains économistes, la dégradation de la France par Standard & Poor's va permettre à Berlin de peser plus lourd dans les négociations sur la zone euro. FTVi confronte les opinions.

Depuis vendredi 13 janvier, la France ne fait plus partie du club des pays de la zone euro notés AAA par Standard & Poor's. La liste des très bons élèves se réduit désormais à cinq membres, et parmi eux, l'Allemagne demeure le seul Etat doté d'une perspective financière "stable".

Le couple franco-allemand est habitué à travailler de concert pour proposer une vision de l'Europe. Cependant, depuis plusieurs mois, des désaccords sur les solutions à adopter pour sauver la zone euro ont émergé. Si Angela Merkel est restée inflexible sur le sujet, Nicolas Sarkozy n'a pas non plus abandonné le bras de fer. L'abaissement général des notes européennes va-t-il renforcer l'intransigeance de Berlin ?

Oui, parce que la France est décrédibilisée

Contrairement au Premier ministre François Fillon, qui affirmait vendredi soir : "Je ne pense pas que cette décision changera la relation entre la France et l'Allemagne", certains économistes voient Berlin comme la grande "gagnante" de la dégradation générale annoncée par l'agence américaine.

Sans la caution du triple A, le président français se retrouve dans une position délicate face à la chancelière allemande. Elle devrait, selon ces analystes, peser plus lourd dans des négociations déjà déséquilibrées par son refus catégorique d'adopter les eurobonds et de réformer la Banque centrale européenne. Deux mesures qui font pourtant l'objet d'un "quasi-consensus au sein de la zone euro", rappelle l'économiste et eurodéputé socialiste Liêm Hoang-Ngoc.

Selon lui, l'Allemagne va continuer à mener la barque car la France "n'a pas attendu la perte de son triple A pour se décrédibiliser en cédant à Angela Merkel" au cours des dernières négociations.

Non, parce que la dégradation "fragilise" Berlin

Mais pour Jérôme Creel, directeur-adjoint des études à l'Observatoire français des conjonctures économiques, il n'y a pas lieu de croire que l'Allemagne dispose d'un pouvoir supplémentaire. Au contraire, la dégradation de la note française "fragilise l'Allemagne, qui a besoin d'une zone euro forte et de s'associer à une économie à sa taille" pour exister et être performante.

Si l'Hexagone, privé de sa note maximale, a "quitté la locomotive de tête", affirme Philippe Dessertine, économiste et directeur de l'Institut de haute finance, ce qui a surtout marqué ce vendredi 13 janvier, c'est que l'Allemagne a "pris acte" et conscience qu'elle est désormais "la seule clé de voûte du triple A européen".

Un "électrochoc" pour "réfléchir autrement" ?

Dans son communiqué de vendredi, Standard & Poor's n'a pas seulement visé les économies de chaque Etat. L'agence de notation y critique ouvertement l'issue du sommet européen du 9 décembre : "Nous croyons qu'un processus de réformes basé sur le seul pilier de l'austérité budgétaire risque de devenir auto-destructeur", affirme S&P, comme le souligne un blog de La Croix.

Pour Jérôme Creel, l'annonce pourrait servir d'"électrochoc" et peut-être amener les Etats à "réfléchir autrement à une politique économique bien perçue par les marchés". Et d'insister : le communiqué "montre qu'il existe une mauvaise rigueur".

Sur sa lancée, l'agence de notation critique également les "divergences de compétitivité entre le noyau de la zone euro et la soi-disant 'périphérie'". Ainsi, l'Allemagne externalise beaucoup vers les pays émergents et a entrepris dès 2005 des réformes sur l'emploi visant à réduire les coûts salariaux. Laissant la France sur le carreau, tel que l'indique un rapport remis en janvier 2011 au ministre de l'Industrie, Eric Besson. Pour Jérôme Creel, "il faut plus de concertation, établir une relation de confiance entre tous les Etats, et ils sont 17"

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