La note AAA de la France à nouveau remise en question

Les bureaux parisiens de l\'agence Fitch Ratings, le 8 août 2011.
Les bureaux parisiens de l'agence Fitch Ratings, le 8 août 2011. (MIGUEL MEDINA / AFP)

Pour l'agence Fitch, la France risque de perdre son triple A si la crise se durcit. Paris devra sans doute prendre des mesures supplémentaires pour ne pas dépasser un déficit de 3 % du PIB en 2013.

La France mérite la note maximale, le triple A, selon l'agence de notation américaine Fitch Ratings. Mais elle risque de la voir dégradée si la crise de la zone euro s'intensifie, a prévenu l'agence mercredi 23 novembre.

Un nouvel avertissement pour l'économie française, qui doit encore consentir de nouveaux efforts pour préserver sa note.

• Pourquoi la France "mérite" la note maximale ?

Les principales agences de notation sont au nombre de trois : Fitch (Londres), Standard & Poor's et Moody's (New York). Au sein de cette dernière, explique Le Figaro, l'analyse de la situation française repose entre les mains de deux analystes, un "lead" et un "back-up" dans le jargon.

Ils collectent des informations brutes, les comparent aux prévisions macroéconomiques et les soumettent à une grille d'analyse qui accouche d'une note.

"Selon le scénario central de Fitch, les chiffres des finances publiques françaises resteraient compatibles avec la conservation de sa note AAA". La France mérite donc le triple A car elle serait au même niveau que d'autres Etats ayant la même note. Son déficit structurel serait même moindre que celui du Royaume-Uni ou des Etats-Unis.

Une conclusion obtenue au regard d'une économie française diversifiée et à haute valeur ajoutée, d'une assiette fiscale large et stable et des engagements du gouvernement à réduire le déficit et la dette.

• Pourquoi le AAA français est-il menacé ?

Le 15 novembre, c'est le Conseil de Lisbonne qui remet d'abord en question la crédibilité du AAA français. Dans un rapport qui place l'Hexagone à la 13e place parmi 17 pays de la zone euro, ce centre d'étude européen est sans concession : "Les résultats sont trop médiocres pour un pays qui veut rester en tête."

Deux jours plus tard, le "spread", l'écart entre les taux d'intérêts des obligations françaises et allemandes (les Bunds) sur dix ans, a dépassé le seuil inédit des 200 points. Les marchés réagissent et anticipent une dégradation de la note française.

Lundi 21 novembre, face à des prévisions de croissance incertaines car plombées par la politique d'austérité et la crise de l'euro, Moody's met en garde Paris contre une possible dégradation de sa note.

• Comment la France peut-elle conserver ce AAA ?

Pour Fitch, les solutions ne sont pas nombreuses. La France devra prendre des mesures supplémentaires pour parvenir à l'objectif d'un déficit ne dépassant pas 3 % du PIB en 2013. Le gouvernement s'y est engagé, mais Fitch prévoit pour l'heure un déficit budgétaire de l'ordre de 4 %.

"La principale inquiétude en ce qui concerne la France est que l'intensification de la crise dans la zone euro génère des charges supplémentaires et pèse sur le budget", souligne l'agence.

C'est le Fonds européen de stabilité financière (FESF), dont le rôle est expliqué dans cet article par Libération, qui inquiète. Il est censé venir en aide aux pays de la zone euro en difficulté et la France est l'une des principales garantes de ce fonds. Si un pays de la zone euro ayant contracté un prêt auprès du FESF fait faillite, Paris devra ainsi débourser une partie des 159 milliards d'euros qu'elle garantit afin de renflouer le FESF, creusant par ricochet son propre déficit public.

Si elle veut conserver son triple A, la France devra faire preuve d'équilibre. Pour le bien de ses finances publiques, le gouvernement français devra ainsi empêcher que les finances des autres membres de la zone euro ne périclitent, tout en maintenant une politique d'austérité interne qui ne grève pas la croissance.