Draghi veut acheter de la dette, mais déçoit les marchés

Mario Draghi, le 2 août 2012 lors d\'une conférence de presse à Francfort (Allemagne).
Mario Draghi, le 2 août 2012 lors d'une conférence de presse à Francfort (Allemagne). (DANIEL ROLAND / AFP)

FRANCFORT - Les annonces du président de la BCE ont fait plonger les Bourses, qui attendaient des mesures concrètes.

Mario Draghi persiste, mais en reste à la déclaration d'intentions. Une semaine après avoir rendu euphoriques les marchés en indiquant que la Banque centrale européenne (BCE), dont il est président, était "prête à tout pour sauver l'euro", il a précisé sa pensée jeudi 2 août lors d'une conférence de presse.

Racheter des obligations sur le marché secondaire

Beaucoup d'économistes avaient anticipé cette annonce lors de la dernière conférence de presse de Draghi, il l'a cette fois confirmé : la BCE envisage bien d'intervenir sur le marché de la dette européen. Une résolution prise face aux taux d'emprunt "inacceptables" que doivent accepter certains pays de la zone euro (Espagne, Italie…), a-t-il indiqué.

La Banque centrale peut donc "entreprendre des opérations sur le marché obligataire d'une taille adéquate pour atteindre son objectif". En clair : elle envisage de relancer son programme de rachat d'obligations sur le marché secondaire, celui où s'achètent et se vendent les emprunts déjà émis, pour éviter que les taux ne s'envolent. Et ce, alors que l'intervention sur le marché secondaire ne fait en principe pas partie de ses prérogatives.

Pas de mesure concrète

Toutefois, ces annonces manquent de concret. Et, dans la mesure où la mise en place de ces mesures peut prendre du temps, "les gouvernements doivent se tenir prêts à activer [les fonds de secours] FESF/MES sur le marché obligataire quand des risques (…) existent", avec des conditions strictes, a précisé Mario Draghi.

Le conseil des gouverneurs de la BCE pourrait cependant prendre des mesures non-conventionnelles "selon ce qu'il est nécessaire de faire pour réparer la transmission de la politique monétaire", c'est-à-dire son impact sur la conjoncture économique. Des mesures dont les modalités seront définies "dans les semaines qui viennent".

Draghi a encore affirmé que l'euro était "irréversible". Il est "inutile" de spéculer contre l'euro en pensant qu'il va disparaître, a-t-il insisté.

Pas de taux de dépôt négatif

Le conseil des gouverneurs a enfin rejeté l'idée d'avoir un taux de dépôt négatif. Interrogé sur une possible baisse de ce taux, actuellement de 0% pour les dépôts effectués par les banques auprès de la BCE, Draghi a indiqué qu'une possible réduction des taux d'intérêt avait été discutée. "Mais le conseil des gouverneurs a décidé à l'unanimité que ce n'était pas le moment", a-t-il dit, estimant que ce serait entrer dans "des eaux en grande partie inconnues". L'institution a laissé jeudi son principal taux directeur inchangé, à 0,75%, soit son plus bas niveau historique auquel il avait été ramené en juillet.

Les marchés européens plongent

Le problème, c'est que les marchés avaient anticipé cette annonce et attendaient des propositions concrètes. Résultat : à peine la conférence de presse terminée, les Bourses ont viré au rouge. La Bourse de Paris a terminé en forte baisse (-2,68%). La situation est encore pire en Espagne et en Italie, premières concernées par un éventuel rachat de dette : à la clôture, Milan avait chuté de 4,64% et Madrid de plus de 5%. Le taux d'emprunt à dix ans de la dette italienne a également explosé sur le marché secondaire, dépassant les 6%. 

L'indice vedette Dax de la Bourse de Francfort a également terminé la séance en forte baisse, à -2,20%. Dans le sillage des Bourses européennes, la Bourse de New York a ouvert en baisse : le Dow Jones a perdu 0,22%, le Nasdaq 0,81%. 

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